‹ Les philosophes contemporains IChapitre 178 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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d'un savant illustre, M. Chevreul, et il démons tre que lorsque les sciences d'expérimentation concluent à l'existence de Dieu, elles sont infiniment plus logiques qu'en se prononçant pour la négative. L'athée, dit M. Chevreul, affirme qu'il n'y a pas de Dieu, que la matière et les forces sont les seules réalités. Cette affirmation est-elle une conséquence nécessaire de la méthode expérimentale ? Non, elle est une hypothèse qui non seulement n'a jamais été démontrée, mais qui, de plus, est contredite par les déductions logiques de la méthode expérimentale.

Soit une montre ; il y a deux choses, la matière et sa disposition combinée de manière à produire tel effet. La matière n'a pas pu toute seule se disposer ainsi, ses lois générales sont incapables de déterminer l'effet constaté, je conclus donc à l'existence d'une cause qui a arrangé la matière pour obtenir un effet prévu. Soit un être vivant ; ce qui le constitue vivant, ce n'est ni la matière qui entre dans sa composition, ni les lois qui la régissent, pas plus que le fer et l'attraction, par exemple, ne sont la montre ; c'est V arrangemeîit de cette matière soumise à une résultante de forces. Si, dans le premier cas, je conclus à l'intervention de l'ouvrier, pourquoi la supprimerai-je dans le second où je

me trouve en face d'un être bien plus compliqué et plus parfait que la montre* ?

Je la supprime parce qu'elle est inutile, dit le matérialisme. La matière avec ses forces, chaleur, lumière, électricité, magnétisme, s'est arrangée toute seule de manière à produire le phénomène de la vie. Comment, dans les milliers de combinaisons qui pouvaient amener un résultat tout autre, comment se fait-il que la matière ait trouvé juste la combinaison exigée pour la vie î C'est l'effet d'un hasard heureux, dit-on ; ceci ne signifie absolument rien. Et d'ailleurs, il est essentiel au hasard d'être fortuit, c'est-à-dire d'être rebelle à cette régularité que nous constatons dans les conditions et les développements des phénomènes de la vie. La vie, en outre, suppose quelque chose de plus que la matière, aussi admirablement disposée que vous vouliez le supposer. Faites un automate en tout semblable à un animal, vivra-t-il ? Si la matière et ses lois expliquent seules les phénomènes vitaux, pourquoi l'automate n'a-t-il pas la vie? Parce que, dites-vous, la matière d'aujourd'hui n'a plus les énergies d'autrefois ; au commencement, quand la vie a germé au sein

1. C'est toujours la thèse des causes finales que nous avons discutée dans la précédente étude.

de la nature, la matière était r^douée d'une puissance qu'elle a perdue depuis, le temps a épuisé sa sève, elle était plus féconde quand elle était plus jeune, et c'est alors, dans les ivresses des premiers temps, qu'elle a senti la vie tressaillir en elle.

C'est là le dernier refuge du matérialisme, mais il est facile de lui fermer cette porte.

Vous prétendez rester dans la science, dans le connu, dans l'expérimentation, et vous invoquez la nuit des siècles ! Comment pouvez-vous savoir ce qui s'est passé ? C'est anii-

scientifique, c'est de l'a jt^n on au premier chef et vous êtes condamnés par les vrais maîtres ; (( On ne devient athée, dit M. Chevreul, « qu'avec une tendance antiscientifique au <( dogmatisme et à Va priori » et il ajoute : « si la montre est l'œuvre de la science « humaine, l'être doué de la vie n'a pu la « recevoir que d'une science divine. »

Le matérialisme dogmatique n'est donc pas, tant s'en faut, la conséquence logique des sciences d'expérimentation ; ceux qui en déduisent une semblable conclusion sont inconséquents, nous venons de le voir, il nous reste à démontrer qu'ils sont incompétents dans la question.

La thèse matérialiste qui conclut à la négation de Dieu gravite autour de deux arguments^

1° Les lois de la nature sont immuables et se suffisent à elles-mêmes ; 2** l'étude du monde ne révèle aucun plan préconçu.

Nous devons donc supprimer l'hypothèse mystique d'un Dieu inutile, puisque nulle part nous ne trouvons la trace d'une volonté supérieure distincte de ces lois inflexibles.

Vous constatez des lois immuables, répond M. Caro, nous aussi, mais nous interprétons ce fait d'une toute autre façon que vous 2. Au lieu de dire qu'elles se suffisent à elles-mêmes, nous en concluons l'existence d'un ordonnateur suprême. Voilà donc deux interprétations opposées, qui tranchera le différend? La raison seule est juge dans ce genre de -questions où Texpérimentation est incompétente. Le matérialisme devrait démontrer qu'il y a incompatibilité entre « l'idée d'une cause intelli- « gente et Tordre du monde qui se maintient « par la fixité des lois ». Le matérialisme voudrait que cette cause manifestât son existence, en bouleversant à tout moment et à tout propos l'ordre qu'elle a établi, et que Dieu ne pût exister qu'à la condition « de

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