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M. Caro réserve la question des miracles

870 LES PHILOSOPHES CONTEMPORAUTS.

« passer son temps à déconcerter Tordre <c dont il est l'auteur. » Cette prétention est tant soit peu ridicule, car, au fond, elle revient à dire : « Dieu n'existe pas, car, s'il existait, « il devrait faire du monde le théâtre de ses « caprices, et montrer par des coups d'État « perpétuels qu'il ne sait pas très bien ce qu'il c< veut. » En d'autres termes : nous consentons à ce que Dieu se dévoile, mais à condition que son apparition nous donne une arme contre lui.

« Il est puéril, dit M. Caro, d'exiger que « nous produisions une trace d'intervention (( personnelle dans le monde réglé des phéno- « mènes et que nous révélions l'action du « Créateur par ses caprices. Dieu est Tordre « même puisqu'il est la raison. »

Le matérialisme ne prouvera jamais Tincompatibilité de Tordre avec Tidée de l'ordonnateur.

Mais il n'y a peut-être, dans cet ordre, aucun signe d'un plan préconçu, « car la a nature commet des fautes sans nombre et « des bévues ridicules. S'il y avait un Dieu, « verrions-nous de pareilles choses*. »

Nous répondons premièrement que la finalité dans les oeuvres de la nature s'impose

1. Nous avons traité cotte question dans notre étude sur M. Paul Janet, nous n'y reviendrons pas ici.

avec une telle évidence que, contraints par cette évidence même, les matérialistes « transposent la difficulté, s'imaginant l'avoir anéantie ». D'un côté ils veulent se passer de Dieu, de l'autre ils voient dans la nature des traces si palpables de finalité qu'ils font de la nature un Dieu auquel ils accordent les attributs divins de prévision et de sagesse infinies. La matière est un absolu qui crée, qui combine, qui gouverne avec une prévision sans pareille ; peu à peu on la personnifie et on « l'enrichit de tous les attributs ravis à Dieu ». Les bévues de la nature ne sont donc pas aussi nombreuses qu'on veut bien le dire, puisqu'au contraire Tordre est tellement la règle qu'on divinise une matière ainsi ordonnée. L'argument se retourne donc contre ceux qui l'invoquent ; les preuves de l'intervention de Dieu dans les œuvres de la nature sont si fortes que les matérialistes éblouis font de la nature un Dieu.

Ils devraient aller plus loin et démontrer que la nature est assez forte pour supporter le poids de la divinité ; mais ils sont aussi exigeants à l'égard du vrai Dieu que généreux envers le Dieu-nature, et ils ne lui contestent pas une divinité qu'ils acceptent de confiance et sans preuves *.

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