Etudes d'histoire religieuse, 7* édition, pages
Dieu est donc d'abord le grand son unique qui fait vibrer toutes les facultés de Tâme quand elle se reporte au foyer de la vie sainte^ M. Renan a compris tout de suite que cette définition avait besoin d'être précisée et, à ceux qui lui disent : Expliquez-vous clairement. Dieu est-il ou n'est-il pas? il répond : « Il est tellement, qu'il est tout, et que le « reste n'est rien. » Nous n'en demandons pas tant, au contraire; nous voudrions savoir seulement si ce tout est au moins quelque chose? (( Entendons-nous bien, dit M.Renan: l'humanité se divise en deux classes, les simples et ceux qui ne le sont pas. Gardons pour les premiers le mot Dieu qu'ils comprennent à merveille, mais pour nous, philosophes , il est un peu lourd et nous l'expliquons dans un sens de plus en plus raffiné. Nous vivons d'aspirations à la vérité, à la beauté, à la bonté morales, c'est là ce que les simples appellent Dieu , mais les esprits délicats sont choqués de ce bon vieux mot, ils lui en substituent un autre plus raffiné, et leur Dieu est le résumé des
1. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer quecela ne veut rien dire. OU est-il donc, ce foyer de la vie sainte? Faut-il aller le chercher aux environs de la sainte Byblos, près de la terre d'Adonis, où les femmes des mystères antiques allaient accomplir leurs cérémonies?
besoins supra-sensibles , la catégorie de ridéal. »
Les esprits délicats (et M. Renan est du nombre) ne se contentent donc pas de nier la réalité d*un Dieu personnel, puisque leur Dieu n'est que l'émotion fugitive d'une âme d'artiste, ils suppriment même le nom qui les offusque, de sorte que ce Dieu qui, tout à rheure, était tout, n'est rien maintenant ; on devait s'en douter.
M. Caro fait très bien ressortir les conséquences bizarres de cette singulière théodicée ^ ; elle multiplie les dieux presque à l'infini, car chacun fera son dieu à sa guise d'après ses besoins supra-sensibles et ses idées particulières sur l'idéal. Il y aura le dieu aristocrate des classes éclairées et le dieu bourgeois des races inférieures; chaque individu aura le dieu de son choix, et tout le monde sera content. Qu'on ne dise donc pas que M. Renan est athée, au contraire! il donne à chacun un petit manitou.
M. Caro a trouvé la note juste en disant que lorsque M.Renan adresse à Dieu ses éloquentes apostrophes, « il nous amuse avec une rhéto- <c riqUe puérile 2». Ce n'est, en effet, que de la