‹ Les philosophes contemporains IChapitre 199 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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s'étonne, avec raison, qu'un penseur sérieux se serve d'une arme pareille.

Oui, il y aurait contradiction entre existence infinie et perfection, si infini signifiait, pour nous, ce que vous croyez, c'est-à-dire être matériellement tout. Mais ce n'est pas ainsi que nous l'entendons. Non seulement il n'y a pas contradiction, mais ces deux idées se supposent Tune l'autre. Il faut d'abord être avant d'avoir une perfection, la perfection suppose donc l'existence, et la perfection suprême suppose l'existence infinie; loin donc de se contredire, ces deux notions sont corrélatives. Notre Dieu n'est donc pas une abstraction ; il n'est pas non plus une idole, car c'est abuser étrangement des métaphores dont nous usons parfois en parlant de Dieu, que de s'en servir polir lancer une accusation qui n'a pas besoin d'être relevée.

Dieu n'est pas le cosmos, substance universelle de tous les phénomènes, accablé sous le poids de toutes les imperfections des choses créées; Dieu n'est pas une formule, car une formule n'est pas un être; Dieu n'est pas l'absolu du bien et du beau, si on entend par cet absolu un pur idéal, création de la pensée;

Dieu n'est pas le résultat du travail inconscient d'abord, conscient ensuite de la nature; qu'est-il donc^ ?

a Défions-nous d'abord, dit M. Caro, des « mots absolu, infini, idéal, dont on a tant « abusé et qui, appliqués à Dieu, ne sont « vrais que lorsqu'ils sont sainement inter- « prêtés. »

Quelle idée vague que celle-ci : Vabsolu ! D'abord, elle peut se dire d'autre chose que de Dieu ; il y a des propositions qui sont absolues ; on peut aussi appeler absolu ce qui est primitif et fondamental dans les êtres. On sait le sens que Hegel a attaché à ce mot, il a posé l'absolu abstrait au commencement des choses et l'absolu réel à la fin.

Le mot infinij mis en faveur par l'école cartésienne, prête aussi à de dangereuses équivoques. Pour quelques-uns, il est le tout, pour d'autres, il est l'indéfini; et il est nécessaire d'en bien préciser le sens quand on l'applique à Dieu.

Il en est de même du mot idéal. Si on entend par idéal ce qui est opposé au réel, il est évident qu'on ne peut pas se servir d'une expression pareille en parlant de Dieu qui est la plus haute des réalités.

Ces mots ont donc besoin d'être expliqués et

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