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lien logique entre, être matérialiste, et croire que la table sur laquelle j'écris n'est pas seulement une représentation. Qui ne sait d'ailleurs que le sensualisme de Locke vient, non de ce qu'il a affirmé l'existence de la matière, mais de ce qu'il a cru pouvoir expliquer rorigine de certaines idées par la sensation seule; de là à les faire dériver toutes de la sensation, il n'y avait qu'un pas : il fut franchi par Condillac. Mais, encore une fois, le sensualisme et le matérialisme ne sont, en aucune manière, la conséquence logique de cette affirmation ^l'existence de la matière est indépendante du sujet pensant.
Le scrupule de Schopenhauer, ne voulant pas accepter la réalité de la matière, de peur de tomber dans le matérialisme, est d'autant plus étrange que, si la théorie de Condillac mène droit au matérialisme, il faut ajouter cependant qu'en dehors de son système et, par une inconséquence, heureuse en pareil cas, Condillac admet la spiritualité de Tàme*, tandis que Schopenhauer la nie ouvertement.
l. « Conforinémcut à ce quo la foi enseigne^ l'âme des « botes est d'un ordre essentiellement différent de celle a de rhoaiuic. » (Préface du Traité des sensations. — Dans son Traité sur Vorigine des connaissances humaines (ch. I, §§ G et 7), il prouve la spiritualité de l'àrae et il s'insurge contre l'opinion de Locke, disant que Dieu pourrait donner à la matière la faculté de penser.
Il dit, en effet, qu'entre les calculs de Newton et la fonction qui permet à Tanimal de percevoir la cause qui agit sur son corps, « il n'y a « qu'une simple différence de degrés » Il dit, il est vrai, que la raison est le privilège de rhomme, mais pour lui la raison n'est que l'intuition (sensation) transformée-. La raison, en effet, n'est pour lui que la faculté de former des concepts généraux, et les concepts ne sont qu'une forme de l'intuition, d'où il suit nécessairement, qu'en dernière analyse, la raison n'est que la sensation se présentant sous une forme nouvelle; c'est, à la lettre, la théorie de Condillac : « Comme la matière « des concepts — ainsi que nous l'avons dé- (( montré — n'est autre que la connaissance « intuitive, et que, par conséquent, tout l'édi- « fice de notre monde intellectuel repose sur « le monde de l'intuition, nous pouvons de- « voir revenir, comme par degrés, de con- « cepts en concepts, aux intuitions d'où ces « concepts ont été immédiatement tirés ;c'est- « à-dire que nous devons pouvoir appuyer (( tout concept sur des intuitions qui, par if rapport aux abstractions, jouent le rôle d'un
1. Le Monde comme volonté et comme représentation y tomo I, page 23.