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(c son plus haut degré, à l'état d'humanité. » Schopenhauer a la plaisanterie lugubre.
Nous admettons que, manger son semblable, c'est pousser un peu loin peut-être son affirmation aux dépens de l'affirmation du voisin, mais, faire des anthropophages, un modèle à imiter, non, c'est se montrer trop exigeant. C'est cependant à ces hauteurs qu'il faut monter, puisque c'est là seulement que la volonté arrive à son plus haut degré ; elle est donc à un degré inférieur dans tous ceux qui n'ont pas encore goûté de la chair humaine ; elle n'est pas encore à Tétat d'humanité. Les cannibales seuls sont au sommet, ils sont Tépanouissement suprême de la volonté, les autres sont à peine des hommes puisque, en eux, la volonté n'est pas arrivée à l'état d'humanité.
Les formes moindres de l'injustice sont l'assassinat, les coups et blessures et les attaques contre la propriété.
Toute injustice appelle un châtiment.
(c Le tribunal de l'univers, c'est l'univers « même. » C'est dans ce monde seulement que toutes les injustices sont réparées, et elles le sont d'une manière terrible car « chacun <( doit considérer comme siennes tout ce qu'il
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« y a de douleurs dans Tunivers, comme « réelles toutes celles qui sont simplement « possibles tant qu'il porte en lui la ferme « volonté de vivre, tant qu'il met toutes ses a forces à afiSrmer la vie. »
Vouloir vivre est donc le crime par excellence, le crime qui mérite d'être expié par toutes les douleurs réelles et même par celles qui ne sont que possibles. Un homme qui a la criminelle audace de ne se trouver pas trop mal dans ce bas monde et qui n'appelle pas la mort à grands cris, est digne que tous les malheurs possibles fondent sur sa tête : bien mieux il doit les regarder comme les siens propres. C'est légèrement exagéré. On 'a beau tenir à la vie, on regardera difficilement comme une douleur personnelle (quand on est assis au coin d'un bon feu) les souffrances d'un homme qui gèle au pôle nord.
Ce n'est pourtant que l'exacte vérité quand on sait envisager les choses à un point de vue élevé : « une fois arrivé à ce point de vue, « on voit avec clarté que, la volonté étant ce « qui existe en soi dans tout phénomène, la « souffrance, celle qu'on inflige et celle qu'on « endure, la malice et le mal, sont attachés (c à un seul et même être... Le bourreau et « le patient ne font qu'un. Celui-là se trompe « en croyant qu'il n^ pas sa part de torture,
« et celui-ci en croyant qu'il n'a pas sa part de « la cruauté. »
Lu victime est sans pitié, le bourreau souffre, et voilà les décrets de la justice éternelle ! Peu d'hommes sont capables de considérer les choses à un point de vue aussi élevé, il faut le génie de Schopenhauer pour monter jusque-là.
Les religions se sont occupées du problème de la justice éternelle et aucune, d'après Schopenhauer, n'a trouvé une solution plus vraie que le bouddhisme : « Jamais « mj^the ne s'approchera plus près de la vérité « accessible à une petite élite, de la vérité « philosophique, que n'a fait cette antique « doctrine du plus noble et du plus vieux de (c tous les peuples... Voici ce qu'il nous « enseigne : N'eussiez-vous fait que mettre (( à mort un animal, il faudra, qu'à un mo- « ment de l'infinie durée, vous soyez un ani- (( mal tout pareil et que vous subissiez la (( même mort. » Cette doctrine doit plonger les croyants dans de terribles perplexités. Je tue un lapin ; mais si un de mes ancêtres a, lui aussi, tué des lapins, il peut se faire que je sois coupable d'un parricide, et il n'est que juste que je devienne lapin à mon tour pour subir le sort que j'ai infligé à la pauvre petite bête. Mais celui qui me tuera n'échappera pas
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au plomb vengeur, et ainsi de suite pendant toute l'éternité. Pour éviter le sort du lapin, je n'ai qu'à me faire un peu plus méchant, et je serai changé en bête redoutable, « en crocodile », par exemple.
Ces voyages à travers le règne zoologique dureront-ils toujours î Non, la récompense suprême accordée aux saints, « à la femme « — oui à la femme ! » s'écrie Schopenhauer, à la femme qui sera morte sept fois sur le bûcher de son mari, cette récompense sera celle-ci : « Tu ne renaîtras plus. »
Le néant est donc la consolante perspective réservée aux saints. Mais, dans cette doctrine, le sort des femmes n'est pas brillant. Pour qu'elles soient saintes, il faut qu'elles meurent sept fois sur le bûcher de leur mari. Qu'on les fasse mourir une fois, passe, mais sept fois, c'est trop. Ce précepte est d'ailleurs assez difficile à observer pour la femme qui meurt avant son mari. Elle ne peut pas monter sur le bûcher parce que, i"* elle est morte, cette raison suffit ; mais il y en a une autre, c'est que le bûcher n'est pas allumé puisque le mari vit encore.
Et voilà, d'après Schopenhauer, la religion
qui s'est le plus approchée de la vérité, voilà
« la sagesse primitive de la race humaine
« qui ne se laissera pas détourner de son cours
« pour une aventure arrivée en Galilée. » Son impiété haineuse lui fait préférer à
l'Evangile les fables les plus ridicules, et sa raison est troublée au point qu'il prend de seniblables inepties pour le dernier mot de la sagesse.