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parfait sont donc corrélatives, au lieu d'être essentiellement distinctes.
Nous nous associons bien volontiers aux justes critiques que M. Vacherot adresse à la philosophie de Descartes, et, avec lui, nous dirons de la Recherche de la vérité, de Malebranche : « Cet idéalisme, construit avec « tant de grâce et de goût et si peu de matière, « me fait l'effet de ces palais enchantés qui « s'élèvent et s'écroulent d'un seul coup de « baguette, ou encore, de ces ballons aux « formes élégantes et aux riches couleurs, qui « crèvent dès que l'air qu'on y a soufflé cesse « de les remplir; le magnifique palais d'idées, a ce monde intelligible , que Malebranche « décrit avec tant d'enthousiasme, qu'est-ce « autre chose qu'une bulle de savon qui se « dissipe au premier souffle de la critique K » Après ces observations qui nous paraissent vraies, M. Vacherot donne à Malebranche des éloges compromettants en l'appelant un 5p/noia chrétien. Du reste, de tous les systèmes qu'il a jusqu'à présent passés en revue, la doctrine de Spinoza est celle en faveur de laquelle M. Vacherot se prononce le plus ouvertement,
1. Page 373. M. Vacherot met, il est vrai, ces paroles dans la bouche de son interlocuteur, mais elles rendent exactenient notre opinion sur Malebranche,
M. VACHÉROT. 79
Voici cette page, où il est impossible de ne pas voir le pur panthéisme : « Les concepts « de la raison ont certainement un objet réel, a puisque ce ne sont pas de pures fictions de « l'imagination. En ceci, Platon, saint Auguste tin, Descàrtes, Malebranche et toutes les ce écoles idéalistes sont dans le vrai. Mais où a ils se trompent, c'est lorsqu'ils assignent a aux concepts de l'infini, de l'absolu, de « l'universel, etc., un objet propre, en dehors a des réalités individuelles. Cet Etre infini, « absolu, universel, qu'ils rêvent à part, qu'ils « posent à priori^ et auquel ils ont tant de « peine ensuite à rattacher le monde, est une « abstraction réalisée, cette substance absolue « n'est rien sans les êtres qui l'actualisent ; « cette cause absolue n'est rien sans les mouce vements qui la manifestent ; cette Pi:ovicc dence n'est rien sans les lois qui l'expricc ment. Ici c'est Spinoza seul qui me semble ce dans le vrai. Il a raison de ne pas séparer ce le monde de Dieu, tout en l'en distinguant ce logiquement. Il a raison de ne voir, dans ce Dieu et dans le monde, qu'un seul et même ce objet, conçu sous deux aspects différents : <e ici, dans l'unité de son essence intelligible, ce là, dans la multiplicité infinie de ses déterce minations. Il est possible qu'il se trompe (c dans 3on idée de la substance, c'est une
« question que nous examinerons. plus tard; « quant à l'identité substantielle de l'Etre (( universel et des individus, je ne vois pas « qu'on puisse y échapper autrement qu'au « prix d'abstractions inintelligibles ou de fic- « tions absurdes. Si Ton appelle cela du pana théisme, je suis panthéiste avec Spinoza et « tous ceux que n'ont point séduits les chi- « mères de l'idéalisme platonicien ou les « idolesde l'anthropomorphisme, vulgaire*. »
On appelle cela du panthéisme, parce qu'on ne peut pas lui donner un autre nom. Une doctrine qui déclare que si Dieu n'est pas tout, il n'est rien, qu'est-ce autre chose que le panthéisme? Or, le panthéisme, en mettant Dieu en tout, ne le met en réalité nulle part, d'où il suit qu'un panthéiste est 'bien près d'être un athée. Nous laissons échapper ce mot à regret, car M. Vacherot. s'insurge contre Taccusaiion d'athéisme; mais, de bonne foi, si le mot l'offusque, pourquoi accepte-t-il la chose? Or, la chose y est, nous allons le prouver en reprenant les assertions qu'on vient de lire.
Les philosophes se trompent, dit-on, quand ils posent à part un Être infini, absolu et universel, donc il n'y a pas (î jpa?'/, c'est-à-dire en 'dehors du monde, et distinct de lui, un Etre
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infini, absolu et universel. Où est-il donc? Il est dans le monde ou plutôt il est le monde lui-même. Le monde et l'Etre infini, absolu, universel sont donc une seule et même choise. Mais le monde est-il bien absolu, infini et universel? Est-il infini? A*t-il non seulement toutes les perfections possibles, mais encore les possède-t-il à l'infini et dans un acte simple? car il faut toutes ces conditions pour Tinfini proprement dit. Prenons une créature, quelle qu'elle soit> présente-t-elle ces caractères? Non; nous l'avons déjà prouvé au commencement de ce travail. Si une créature n'est pas infinie, la collection sera indéfinie peut-être, mais elle ne sera infinie à aucun titre. Le monde est-il absolu et universel? Nous avons déjà répondu négativement et nous l'avons démontré. L'Être absolu, infini et universel n'est donc pas le monde; s'il n'y en pas d'autre, il suit nécessairement que l'Etre infini n'existe nulle part. De là à dire qu'il n'est pas, il n'y a pas même une nuance. Si cette substance n'est rien sans les êtres qui l'actualisent y comme il est impossible que des êtres finis actualisent une substance infinie, il faut donc conclure que cette substance n'est rien.
Le système de Spinoza a, pour M. Vacherot , entre autres avantages , celui de sup-
primer le problème si difficile de la création.
Le problème de la création est un mystère,
nous l'avouons sans détour, mais nous nions
qu'il soil « un non sens pour les philoso- |
« phes... un mot de plus ajouté au diction- |
« naire des abstractions inintelligibles ^ » —
« C'est Vex nihilo qui fait toute la difficulté,
« disons l'impossibilité. »
Nous ne nions pas la difficulté, elle est grande, en effet; mais il n'est pas interdit à la raison de se rendre compte, autant qu'elle le peut, de ce redoutable mystère. Or, la création ex nihilo ne renferme pas une impossibilité et un non sens; elle est, au contraire, l'explication la plus plausible de l'origine des choses. On est obligé, en effet, d'admettre que tout ce qui existe tient son être de Dieu. Dieu étant seul TEtre subsistant par soi, tout ce qui est n'a donc qu'un être participé qu'il doit nécessairement tenir de celui qui est par lui-même, car tout être qui n'a pas, en lui, la raison de son existence, doit évidemment la puiser ailleurs, c'est-à-dire en celui qui est par soi 2. Comment les créatures procèdentelles de Dieu? Nous disons que c'est par voie de création. Si on nous objecte que la création contient une impossibilité et une contra-