Théodicée, II» partie
un triangle qui n'existerait pas ? Il est idéal, dites-vous, soit; mais il ne suit pas de là qu'il ne soit rien. Il n'est pas le triangle que vous tracez sur un tableau, nous le savons, et vous savez aussi bien que nous qu'il est quelque chose, car vous ne vous amuseriez pas à mesurer le néant. Une chose peut donc être idéale, en comparaison de la idéalité matérielle j et cependant exister au moins aussi réellement que la matière palpable. Il est possible, comme dit Leibnitz, que le géomètre ne se doute pas qu'il y ait un Dieu, mais, qu'il le sache ou non, son triangle idéal est réel en Dieu. Idéal et abstraction ne sont donc pas synonymes d'êtres de raison en dehors de toutes les conditions de la réalité.
Mais le théologien a un autre procédé. Il passe devant un temple et il ne lui faut pas un raisonnement bien compliqué pour conclure que l'édifice ne s'est pas fait tout seul. Il applique le même principe à un temple autrement merveilleux, qui s'appelle l'univers, et il se demande d'où il vient. Pas plu^ que le temple, le monde ne s'est produit lui-même. Il a donc une cause; cette cause, à son tour, d'où vient-elle? Coûte que coûte, il faut bien arriver à une cause première, car, si on ne trouve pas le premier anneau de la chaîne, dans la série des causes efl&cientes, l'existence
des anneaux intermédiaires est inexplicable. Il y a donc une cause première; les théologiens et les philosophes l'appellent Dieu. Ce Dieu est-il une abstraction, un idéal sans réalité, un être de raison? II est difficile de penser que la cause de tout ce qui est, n'est pas. Si nous sommes des dupes en raisonnant ainsi, il faut avouer que c'est à désespérer de la raison humaine, car il est impossible de raisonner autrement.
Dieu est donc pour M. Vacherot un idéal, une abstraction sans réalité. Cependant, il ne se contente pas de cette définition : « Dieu « est l'Être parfait, voilà une définition qui (c dit tout et ne dit rien. Elle dit tout en ce a sens que la. perfection est l'essence^ l'idée a même de la divinité. Elle ne dit rien, en ce « sens qu'elle ne nous révèle aucun objet en « fait de perfection. Sous ce rapport, il en est « de cette définition comme de toutes les « idées de Platon; elle ne devient instructive « que par l'expérience. Dieu est l'Être parfait, « axiome évident. Mais qu'est-ce que l'Etre « parfait ^ ? »
La réponse la plus naturelle est celle-ci : l'Être parfait premièrement est puisqu'il est Etre ; en second lieu, et à plus forte raison, il est puisqu'il est parfait* Comment