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« savoir si l'Être parfait existe j L'Être

« universel peut être envisagé sous deux « aspects : dans son idée et dans sa réalité. « Sous le premier aspect, c'est Dieu ; sous le « second, c'est le monde. La théologie est la <c science qui, faisant abstraction de la réalité, ce place l'Être métaphysique au-dessus du « temps et de l'espace, loin du changement, « du mouvement et de la vie ; elle en fait a l'Être parfait, immuable, immobile, et ce l'assied sur le trône désert d'une éternité ce silencieuse et vide, selon les fortes paroles ce d'un philosophe contemporain. Ici, je me ce joins au chœur des théologiens pour célécc brer les ineffables vertus de leur Dieu, le ce vrai, le seul Dieu qui soit un digne objet de ce notre adoration. Seulement, je crains qu'ils ce n'oublient à quoi il les doit. Les attributs ce de perfection, d'immutabilité, d'immobilité, ce d'indépendance du temps et de l'espace, ce qu'ils ajoutent au concept de l'être meta-* ce physique, lui coûtent la réalité. L'Être ce infini, universel, ne devient parfait, immuace ble, supérieur au temps et à l'espace, qu'en ce passant à l'état d'idéal. Il est Dieu alors ; ce mais il ne prend la divinité qu'en perdant c( toute la réalité^. » Il est impossible de

s'expliquer plus clairement : le vrai Dieu, le seul qui soit digne de notre adoration n'est Dieu qu'à la condition de ne pas exister, M. Vacherot arrive à cette conclusion en recherchant, on s'en souvient, si les attributs d'indépendance et de nécessité sont applicables à l'Etre parfait et il veut l'appuyer sur une démonstration qu'il a déjà essayée, à savoir : que le théologien, en faisant de Dieu un être réel, est dupe d'une abstraction. Nous avons répondu en son lieu et nous avons établi : i® que le théologien, n'eût-il que le procédé du géomètre, il ne s'ensuivrait pas que son objet ne fût qu'une abstraction ; 2® que la théologie a d'autres voies pour arriver à son but et pour démontrer l'existence d'un être réel qu'elle appelle Dieu. Qu'on ne s'imagine pas alléguer un argument décisif en distinguant la vérité et la réalité, « point sur lequel on ne saurait trop insister. » Cette distinction est antimétaphysique au premier chef. Le vrai et la réalité, c'est-à-dire l'être, se confondent, Ens et verum conpertuntur. Tout ce qui est est vrai, et réciproquement. Par cela seul qu'une chose est, elle peut être comprise par Tintelligence, elle est donc la base inébranlable du vrai ; le vrai, à son tour, suppose nécessairement, et l'intelligence qui comprend et l'objet compris ; des deux

côtés, il repose donc sur l'être, par conséquent, la distinction entre la vérité et la réalité n'est pas admissible. C'est dans cette distinction que M. Vacherot puise un nouvel argument pour démontrer que la théologie est victime d'une illusion en réalisant l'être parfait. Il lui accorde la première place parmi les sciences, à condition qu'elle ne poursuive que des rêves. « Sous ces réserves, la théoce logie est la plus vraie de toutes les sciences, « en tant qu'elle est la science de l'idéal « suprême*. » Comment une science peutelle être vraie et la plus vraie de toutes, si son objet n'existe pas î que seront donc les autres ? « En réalisant leur être parfait, les ce théologiens ont soulevé une montagne de « difficultés et de contradictions qui pèse <c encore aujourd'hui sur la théologie... Les a difficultés sont insurmontables... sans vou- « loir suivre les théologiens dans le dédale « de leurs subtilités scolastiques, attachons- « nous aux difficultés qui sautent aux yeux 2. » La théologie est à plaindre, si elle a sur elle une montagne de contradictions et de difficultés qui sautent aux yeux; elle sera bien robuste si elle n'est pas écrasée. Approchonsnous de cette montagne et nous verrons que,

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