‹ Les philosophes contemporains IChapitre 51 sur 244 · Pages · texte numérisé non relu

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par conséquent l'Etre parfait ne peut ni changer, ni se développer; d'où il suit que l'Etre parfait est nécessairement immuable. — Fort bien, nous répond-on, mais alors, il ne peut pas exister. — Et pourquoi? Pourquoi le changement et le développement seraient-ils la condition sine quâ non de l'existence. Qu'un être imparfait change et se développe, soit ; cependant ce n'est pas en cela que consiste son existence; mais qu'un Etre parfait ne puisse exister qu'à deux conditions, qui ne sont même pas requises pour l'existence d'un être imparfait, c'est ce que nous n'admettons pas. Nous l'admettons d'autant moins que, nous venons de le démontrer, il y a contradiction dans les termes entre Etre parfait et changer et se développer.

On ajoute que le génie des plus grands théologiens ne fera jamais comprendre comment l'Etre parfait peut exister sans aucun rapport avec le temps. M. Vacherot est trop modeste, et, quoique nous ne soyons pas un grand docteur, nous espérons lui faire comprendre comment l'Etre parfait doit exister sans aucun rapport avec le temps. D'abord les mots sans aucun rapport sont trop absolus, car l'Etre parfait étant créateur (nous l'avons prouvé plus haut), il a créé le temps quand il a fait toutes choses. Il y a donc entre

lui et le temps les rapports de Créateur à créature ^ Mais prenons l'idée elle-même : un être dont l'existence n'est pas dans le temps ne peut être qu'une abstraction sans réalité. On oublie toujours qu'il s'agit de l'Etre parfait; or, l'Etre parfait ne peut pas ne pas avoir existé, car si, à un moment, il n'a pas été, il était alors dans un état d'imperfection radicale, attendu que ne pas être est la pire de toutes les imperfections. D'autre part, il ne peut pas finir, car la possibilité de n'être plus constitue encore une imperfection inadmissible dans un Être que M. Vacherot suppose, avec nous, parfait. L'Etre parfait ne peut donc avoir ni commencement, ni fin; il est donc plus haut que le temps, qui mesure l'existence des êtres qui commencent et qui finissent. Ces conclusions découlent logiquement de la notion d'Être parfait : elles sont peut-être impénétrables pour l'intelligence, mais, à coup sûr, elles ne sont pas des mots vides de sens. •

' Nous accordons à M. Vacherot que si l'existence de Dieu est en dehors du temps, « son activité créatrice y tombe nécessaire-

1. Nous ne prétendons pas que le temps soit une créature dans le sens ordinaire du mot, nous voulons dire simplement qu'il a été fait avec les créatures dont il mesure l'existence.

ment. » Oui, la création s'est faite dans le temps, en ce sens que le temps a commencé avec la première créature; mais on exige trop en demandant à Dieu de créer un monde par-» fait comme lui. Dieu ne le peut pas pour deux raisons qui, du reste, n'infirment en rien sa toute-puissance. La première, c'est que toute créature est fatalement imparfaite quand il n'y aurait, et il y en a bien d'autres, que l'imperfection inséparable de tout être qui commence. La seconde, c'est que Dieu ne peut pas faire un autre Dieu; or le monde serait Dieu s'il était parfait comme lui. L'imperfection relative du monde n'est donc pas un argument contre la possibilité de la création. M. Vacherot en émet un autre en soulevant le grave problème du mal : « Et l'existence du mal « dans le monde créé, dit-il, comment le con- « cilier avec la Providence d'un Dieu parfai- « tement sage et bon*? »

L'objection n'est pas nouvelle. Si on parle du mal moral, nous répondons que Dieu a fait l'homme libre, par conséquent faillible. Qu'on nous prouve que Dieu était tenu de créer l'homme impeccable? — Il le devait, diton, car si Dieu est sage et bon, il tarira la source du mal. — Nous répondons que si Dieu ne doit pas à l'homme de le créer (on

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