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ne doit rien à celui qui n'est pas encore), à plus forte raison ne lui doit-il pas de le créer impeccable. On ne peut donc pas prouver que Dieu fût tenu de rendre Thomme impeccable. Si rhomme a volontairement abusé de sa liberté, a-t-il le droit de faire remonter jusqu'à Dieu un abus dont il est seul responsable ? Quand Thomme se trompe dans les questions spéculatives, peut-il reprocher à Dieu le don d'une intelligence finie et réclamer une intelligence infaillible? Cette réclamation ne serait pas juste; qu'il se contente de ce qui lui a été accordé, qu'il n'aspire pas à l'impossible, qu'il accepte la condition de créature, en d'autres termes, qu'il ne tente pas d'être Dieu. Il en est de mêm^ de la volonté. La volonté humaine est peccable par cela seul qu'elle est volonté créée. Si on parle du mal physique^ nous disons d'abord qu'il est, de fait, la conséquence du mal moral; secondement, qu'il n'y a pas obligation pour Dieu de mettre l'homme à l'abri des maux qui sont l'inévitable condition de la créature. D'après notre croyance. Dieu a mis le premier homme dans un Paradis terrestre; y était-il obligé? Nullement. Si, en même temps qu'il créait Adam, Dieu eût créé un autre homme et l'eût placé ailleurs que dans TÉden, le moins privilégié des deux eût-il pu dire, en toute justice :
Pourquoi ne suis-je pas, moi aussi, dans un lieu de délices? Dieu, qui ne devait rien ni à Tun ni à l'autre, était bien libre de donner à l'un des privilèges qu'il refusait à l'autre.
Quant aux désordres qui se constatent dans l'univers matériel et qu'on se plaît à invoquer pour les opposer à la Providence, on les exagère beaucoup, car, en définitive, c'est l'ordre qui est la règle, et le désordre est l'exception. L'ordre proclame la sagesse et la bonté de la Providence divine. Lorsque, de l'impuissance des causes secondes, il résulte quelque désordre, on n'a pas le droit de s'en faire une arme contre la Providence, car, selon le mot profond de saint Denis, cité par saint Thomas * : « Le but de la Providence n'est pas de détruire les créatures, mais de les gouverner. » Or, elle les détruirait si elle les arrachait à leur nature, c'est-à-dire à la condition de créatures défectueuses.
Nous ne pouvons pas développer ici la thèse de la Providence, ce serait sortir de notre cadre; qu'il nous suffise de clore cette discussion par ces grandes paroles de Bossuet : « Dieu veut que nous vivions au milieu du « temps dans une attente perpétuelle de l'éter- « nité; il nous introduit dans le monde, où il « nous fait paraître un ordre admirable, pour