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de la vie universelle, la source de toute divinité, il faudra fatalement choisir entre lui et les autres. Votre Etre universel, votre Tout n'est donc qu'une fiction, puisque vous êtes obligé de l'anéantir et de le répudier à la première difficulté. Sans doute vous ne voulez pas que l'Être universel soit un individu; mais il importe peu ; du moment qu'il est la substance unique, l'objection demeure avec toute sa force, et vous ne pouvez j^ répondre qu'en reniant le principe qui fait le fond même de votre thèse.
Ce n'est pas sur ce terrain que peut se faire l'union de la métaphysique et de la science.
D'abord, sont-elles séparées ? On pourrait le croire, à entendre les récriminations de certains savants au seul nom demétaphysique; elles ne prouvent rien, si ce n'est que ces savants se font une idée fausse de la métaphysique. Elle n'est, pour eux, qu'un ensemble de formules abstraites, de fantômes sans réalité et, comme ils ne veulent que des faits matériels, ils ne peuvent s'empêcher de sourire quand on leur parle de métaphysique. C'est très bien, mais ces faits, à moins de ne lescon-
sidérer qu'isolément les uns des autres, sont régis par une loi qui préside à leur développement et qui règle leur activité. Un savant, qui veut aller au bout de sa science, doit marcher jusqu'à ce qu'il trouve la loi donnant l'explication logique des faits qu'il étudie. Qu'y a-t-il de plus scientifique et de plus conforme aux exigences de la raison que de rechercher la cause des phénomènes? C'est une pente sur laquelle on ne peut pas s'arrêter. Que penserait-on d'un astronome qui se contenterait de constater une éclipse et qui dirait : La cause m'importe peu ? L'étude des causes et des lois est donc essentiellement scientifique, et c'est par ce sommet que la science touche à la philosophie qui la couronne. Sans ce faîte, elle est un édifice incomplet. Qu'une science soit aussi positive qu'elle le voudra, qu'elle n'attache d'importance qu'aux réalités soumises à son expérimentation, toujours est-il que la question des causes et des lois se pose forcément devant elle. Comment pourra-t-elle rendre raison des faits si elle n'en connaît ni la loi, ni la cause ?
— Mon but, répond-elle, n'est pas d'en rendre raison, mais seulement de les constater.
— Votre but n'est que cela, si vous n'êtes que le manœuvre de la science, mais si vous voulez en devenir l'architecte, votre but est plus
élevé. Les faits n'en seront pas moins positifs^ votre science ne sera pas moins positive, lorsque vous aurez expliqué les faits et achevé la science. La science et la philosophie des sciences sont donc naturellement unies; une science tronquée peut seule proclamer leur divorce.
Au-dessus de la philosophie des sciences, au-dessus des lois et des causes qui expliquent les faits, il y a une science supérieure , la métaphysique, et nous avouons qu'il n'est pas nécessaire de monter jusque-là pour que la science soit parfaite. On peut être savant sans être métaphysicien. Mais si les données scientifiques sont exactes, elles ne seront jamais en contradiction avec cette science supérieure qui les domine toutes. La métaphysique, en effet, est la science de l'être, or, si une conclusion scientifique vient heurter quelques principes métaphysiques et dire, par exemple : ce qui est n'est pas, ou attribuer à un être des qualités qui ne lui appartiennent pas, il est évident que la conclusion sera fausse. Si au contraire, toutes les déductions sont logiquement tirées, elles iront nécessairement aboutir à ce grand principe métaphysique : ce qui est, est ; principe où toutes les sciences trouvent leur épanouissement, leur plus vive lumière et leur plus grande certitude. Quand donc la
science et la philosophie seront-elles unies ? Quand le rêve de M. Vacherot sera-t-il réalisé ? Lorsque les hommes iront jusqu'au bout de leur raison, et ne s'imagineront pas être sapants en s'arrêtant à moitié chemin.
M. Taine, disciple de Condillac, compare (( le xvni® siècle à une société de gens qui « sont à table; il ne suffit pas que l'élément « soit devant eux, préparé, présenté, aisé à « saisir et à digérer; il faut encore qu'il soit « un mets, ou mieux une friandise. L'esprit « est un gourmet; servons-lui des plats savou- (( reux, délicats, accommodés à son goût; il « mangera d'autant plus que la sensualité ai- « guisera l'appétit. Deux condiments partice culiers entrent dans la cuisine du siècle, et,