‹ Les philosophes contemporains IChapitre 69 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

Page

fort distincte du nom. Le nom n'est qu'un assemblage de lettres, ou qu'un peu d'air modifié par les lèvres, et il n'a de valeur que par l'idée qu'il représente. Le mot est l'image, l'idée est la réalité ; il est le signe, l'idée est la chose signifiée, et ces deux éléments sont tellement distincts, que parfois, il est impossible même d'imaginer la chose représentée par le nom. Ainsi, par exemple: » Un myria- « gone est un polygone de dix mille côtés. « Impossible de Vimaginery même coloré et « particulier, à plus forte raison, général et « abstrait. Si lucide et si compréhensive que « soit la vue intérieure, après cinq ou six, « vingt ou trente lignes, tirées à grande peine, a l'image se brouille et s'efface ; et cependant, « ma conception du myriagone n'a rien de « brouillé ni d'effacé (p. Sy). » Voilà donc, d'un côté, une compréhension, une vue intérieure, c'est-à-dire une idée parfaitement lucide, et de l'autre, un objet qu'on ne peut pas imaginer. Il y a donc une grande distance entre le nom, l'image et l'idée, si bien que quelques philosophes, les auteurs de la Logique de Port-Royal entre autres*, se servent d'un exemple semblable à celui de M. Taine pour essayer de battre en brèche le principe fondamental de l'idéologie vraie : « Nihil est

Page 1