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« tour, il bredouille le même mot, et vous « croyez qu'il Tentend au même sens que a vous, c'est-à-dire que ce mot ne se réveilce lera en lui qu'en présence de son père. « Point du tout..... Un pareil état diffère « beaucoup du nôtre et, néanmoins, il n'y a « là que des tendances analogues aux nôtres, a éveillées de la même façon que les nôtres, « correspondant à des caractères généraux « comme chez nous, mais à des caractères « moins généraux que chez nous, bref, abou- « tissant à des noms semblables de son et (( différents de sens. »
Assimiler, aux nôtres, les noms généraux dont se servent" les enfants, et dire qu'ils sont éveillés de la même façon que les nôtres, c'est confondre le commencement avec la fin. L'enfant se sert du mot papa pour désigner un homme et non tel homme, parce que sa connaissance vague et confuse ne sait pas distinguer encore un objet précis, nettement défini par un nom, d'un autre objet qui lui ressemble. Cette tendance n'est nullement analogue à celle qui nous fait dire arbre, homme, triangle, car, dans ce second cas, le nom général est le résultat d'un double travail, un travail préparatoire d'analyse et un travail complémentaire de synthèse. Nous avons analysé plusieurs objets particuliers,
nous n'en retenons que les caractères communs que nous désignons par les mots arbre^ triangle, hommey etc. L'enfant n'a pas fait l'analyse, car, s'il l'avait faite, il ne confondrait pas son père avec un autre homme ; il n'a pas fait davantage la synthèse, car celle-ci suppose nécessairement celle-là. Pourquoi donc se sert-il de termes qui semblent avoir un certain caractère de généralité ? Y at-il là une tendance analogue à la nôtre ? C'est ce que va nous apprendre saint Thomas d'Aquin, en nous exposant la loi primordiale de l'origine des idées ^
La connaissance de l'enfant est évidemment moins parfaite que celle de l'homme fait; or, le caractère propre d'une connaissance imparfaite est la généralité. Je vois un objet éloigné, je ne sais pas si c'est un arbre ou un homme; ma connaissance est d'autant plus générale qu'elle est plus confuse. Je m'approche et je constate que c'est un homme, ma connaissance devient plus précise et, par conséquent, moins générale; quand je suis à quelques pas seulement, je reconnais tel de mes amis; ma connaissance est devenue tout à. fait claire et, par conséquent, absolument particulière, puisque je ne confonds pas celui que j'ai devant moi avec un autre. Il y a donc
l. Somme théoîogique^ I p., q. 85, a. 3.
proportion exacte entre la généralité et la confusion de la connaissance : c'est Tétat de la connaissance de l'enfant, et c'est pour cela qu'il applique, à plusieurs objets, un nom qui, lie convient qu'à un seul. Peut-on comparer cette généralité à ces noms communs exprimant les idées générales d'arbre, d'homme, de triangle? Ce serait, comme nous le disions tout à l'heure, confondre la fin avec le commencement. Ces noms généraux désignent, en effet, une catégorie d'êtres parfaitement nette et précise, et quand nous disons arbre, ce n'est pas l'idée d'homme qui s'éveille en nous. Si je puis me servir d'un nom général, c'est parce que j'ai étudié de près le caractère de plusieurs objets; que, négligeant les uns et conservant les autres, j'ai groupé les objets autour 'd'un type commun. Cette généralité est donc chez moi le signe de la perfection de ma connaissance, tandis que le mot dont se sert l'enfant, est la marque de la confusion de ses idées, on ne peut donc pas les assimiler.
Ni les sens, ni les images ne peuvent nous donner des notions abstraites; ils n'en sont que l'occasion ; mais les choses abstraites, n'existant pas dans la nature, elles sont en dehors de la sphère de la sensation. M. Taine est obligé d'en convenir : « Le lecteur sait,
« dit-iP, que les objets géométriques n'exis- <( tent pas dans la nature; nous ne rencon- « trons pas, et probablement nous ne pouce vous pas rencontrer des c-^rcles, des cubes, « des cônes qui soient parfaits. Ceux que « nous voyons ou faisons ne sont tels qu'à (( peu près. Et cependant nous en concevons « de parfaits, nous raisonnons sur des figures
« dont la régularité est absolue Quel est
<( donc cet objet conçu dont l'expérience ne « nous fournit pas le modèle? La définition « nous répond. — Le cercle est une courbe « fermée, dont tous les points sont également « distants d'un point intérieur, appelé centre. « Mais qu'y a-t-il dans cette phrase? Rien, « sinon, une première série de mots abstraits « qui désignent le genre de la figure, et une « seconde série de mots abstraits qui dési- « gnent l'espèce de la figure, la seconde étant « combinée avec la première comme une con- (( dition ajoutée à une condition. » Ne voir, dans une définition, que des mots et rien que des mots, c'est réduire la science à néant. Si, en effet, les mots ne cachent rien, toute la science se résume à quelques sons fugitifs qui s'évanouissent avec les vibrations de l'air. Sous les mots, il y a l'idée, il y a la chose dont la définition révèle la nature intime.