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M. Taine ne peut pas le nier, car il ajoute : (c Un caractère abstrait, noté par les premiers « mots, a été uni à un autre caractère abstrait « noté par les seconds mots, et le composé « total, ainsi fabriqué, désigne une chose « nouvelle^ que nos sens n'atteignent pas, <( que notre expérience ne rencontre pas, que « notre imagination ne sait pas tracer. Nous (( n'avons pas besoin d'atteindre, rencontrer « ou imaginer cette chose; nous tenons sa « formule, et cela nous suffit. » Il y a donc, dans une définition, autre chose que des mots abstraits, il y a la chose dont nous avons l'idée; si nos sens ne peuvent pas l'atteindre, notre expérience la rencontrer, notre imagination la tracer, l'origine de la formule qui la désigne doit être assignée nécessairement ailleurs que dan§ ces trois sources qui ne peuvent pas nous la donner.
La formule nous suffit, dit M. Taine. La formule qui contient la chose, oui; la formule qui ne contient que les mots, non. Si la formule n'est qu'un mot, comment peut- elle me donner Tidée de la chose? M. Taine pense qu'en nous imaginant saisir ridée sous le mot, nous sommes victimes d'une illusion, l'idée « n'ayant rien de sen-
« sible nous appelons esprit ce par quoi
« nous le saisissons (p. 68). Il se propose
« de démêler le mécanisme de cette illu- « sion *. »
Quand nous croyons surprendre Tidée sous le mot, c'est, au fond, le mot seul qui est en jeu, mais, quoique toujours présent, il s'efface graduellement, si bien qu'à un moment donné, nous l'oublions pour n'envisager que ce que nous appelons l'idée. Nous la dépouillons et, la voyant nue, nous la croyons spirituelle, mais c'est là notre ouvrage, et nous lui prêtons des qualités qui ne lui appartiennent pas. C'est comme lorsque nous lisons un livre imprimé : il nous semble, tant la lecture est rapide, que nous ne suivons plus des mots, mais des idées pures; c'est en cela que consiste notre illusion.
Nous répondons à M. Taine, i"* que si nous pouvons dépouiller l'idée de son enveloppe sensible et la rendre pure, simple, c'est-à-dire spirituelle, c'est qu'il y a en nous la faculté d'opérer cette transformation; si cette faculté fait, de l'idée, quelque chose de pur, de simple, ce n'est que parce qu'elle est elle-même pure, simple, spirituelle. A l'œuvre on connaît l'artisan; une notion, dégagée de son enveloppe sensible, prouve donc l'existence d'une faculté capable de faire un changement qu'elle n'accomplirait pas si elle n'était pas elle-même