‹ Les philosophes contemporains IChapitre 74 sur 244 · OT · texte numérisé non relu

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n'en avons pas conscience. Cependant, si, dans une page, il n'y a que des mots, quel intérêt peut-elle avoir pour moi ? Un livre écrit dans une langue étrangère me captivera tout autant que les plus grands chefs-d'œuvre de ma langue maternelle ; car, dans l'un et l'autre cas, je ne verrai que des caractères tracés sur un fond blanc. Si on conteste la justesse de notre comparaison, choisissons-en une autre. Prenons deux livres écrits en français : je comprends le sens des mots, mais s'ils ne cachent aucune idée, une oraison funèbre de Bossuet ne sera pas plus belle qu'un conte d'almanach : du blanc et du noir, du noir et du blanc, et c'est tout. Il est donc faux de dire que, « si loin que nous allions, nous « retombons toujours sur des noms (p. 67) » ou sur des mois; nous ne pouvons, au con- * traire, faire un pas sans tomber sur des idées.

Tout lesecond livre de l'ouvragede M.Taine est consacré aux images qui se conservent ou réapparaissent dans la mémoire; mais au lieu d'être traitée au point de vue psychologique, la thèse n'est guère qu'un recueil d'anecdotes, spirituellement racontées, comme

toujours. Il cite un très grand nombre de faits sur des hallucinations plus ou moins bizarres, sur des cas étranges, que nous ne contestons pas, du reste, de mémoire perdue ou retrou véé, mais on n'y trouve pas de thèse philosophique proprement dite. Nous ne relevons que quelques rares passages. Après avoir cité le fait d'un bon gendarme devenu fou pour avoir été témoin d'une exécution capitale, l'auteur ajoute : « On peut, d'après ces « exemples, se former une idée de notre ma- « chine intellectuelle. Il faut laisser de côté les « mots de raison, d'intelligence, de volonté, « de pouvoir personnel, et même de moi, « comme on laisse de côté les mots de force Xi vitale, de forcemédiatrice, d'âme végétative ; « ce sont des métaphores littéraires ^ » Laissons-les de côté, si vous le voulez, quand il s'agit d'hommes qui ont perdu la raison, l'intelligence, la volonté, le sentiment de leur personnalité, mais la folie ne prouve pas que la raison soit un mythe. Pour juger de la valeur d'une machine, il ne faut pas choisir le moment où elle est détraquée.

A la fin de ce second Hvre, M.Taine effleure la grave question de la personnalité'^, de l'iden-

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