Page
n'est qu'au chapitre second du livre quatrième que nous retrouvons la philosophie proprement dite. Elle reparaît avec la question de l'union de l'âme et du corps. II y a deux solutions, dit M. Taine, celle de Leibnitz et de Malebranche, et celle des matérialistes; il pense avoir trouvé une solution intermédiaire. Nous allons voir s'il a frappé juste.
Le second chapitre du livre quatrième commence par cette citation de Tyndall :
a Admettons qu'une pensée définie corresi< ponde simultanément à une action molé- « culaire définie dans le cerveau. Eh bien ! « nous ne possédons pas l'organe intellectuel, « nous n'avons pas même apparemment le « rudiment de cet organe, qui nous permettrait « de passer, par le raisonnement, d'un phéno- « mène à l'autre. Ils se produisent ensemble, « mais nous ne savons pas pourquoi. Si notre « intelligence et nos sens étaient assez perfec- « tionnés, assez vigoureux, assez illuminés, « pour nous permettre de voir et de sentir les (( molécules mêmes du cerveau; si nous pouce vions suivre tous les mouvements, tous les « groupements, toutes les décharges électri- « ques, si elles existent, de ces molécules ; si « nous connaissions parfaitement les états « moléculaires qui correspondent à tel ou tel « état de pensée ou de sentiment, nous serions
« encore aussi loin que jamais de la solution (( de ce problème ; quel est le lien entre cet « état physique et les faits de la conscience ? « L'abîme qui existe entre ces deux classes « de phénomènes serait toujours intellectuel- « lement infranchissable. Admettons que le « sentiment amour^ par exemple, corresponde (c à un mouvement en spirale dextre des molé- « cules du cerveau, et le sentiment haine à un « mouvement en spirale senestre. Nous sauce rions donc que, quand nous aimons, le (( mouvement se produit dans une direction, (c et que, quand nous haïssons, il se produit « dans une autre, mais le pourquoi resterait « sans réponse, »
Voilà, en effet, la difficulté : d'un côté, un phénomène moral, de l'autre, un phénomène physique, ils se correspondent, soit, mais à première vue, ils sont irréductibles. Les physiologistes, n'envisageant que la correspondance, disent ; les deux phénomènes ont une cause commune, les centres nerveux; les philosophes, frappés de leurs caractères irréductibles, disent : ils viennent de deux principes différents, M. Taine fait intervenir un « observateur prudent* » qui recule devant la difficulté et se résigne à l'ignorance. Il nous semble, au contraire, qu'un observateur prudent