‹ Les philosophes contemporains IChapitre 82 sur 244 · Somme théologique, Ip. q., 76, a · texte numérisé non relu

Somme théologique, Ip. q., 76, a

L'âme qui donne au corps toute son activité végétative, sensible, intellectuelle, lui communique aussi l'être en tant que corps humain. Si nous avons un corps humain, c'est-à-dire si nous sommes des hommes, c'est à l'âme que nous le devons.

L'âme est donc la forme substantielle du corps ; car, ce qui donne l'activité, nous l'appelons la forme, et ce qui donne l'être, nous l'appelons la forme substantielle. L'âme est donc unie au corps comme forme substantielle, et elle constitue, avec lui, la personne humaine.

Il ne faut pas s'étonner maintenant de l'influence de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme, puisque ces deux éléments forment une seule et même personne; mais, s'ils sont unis, ils sont distincts, et ne voir que l'un ou l'autre, c'est méconnaître la nature humaine.

Qu'on ne dise pas qu'en enseignant ce mode d'union de l'âme et du corps, nous en appelons au miracle et au surnaturel ; cette union, au contraire, est fort naturelle. Qu'y a-t-il de plus naturel pour un être que de se trouver dans les conditions requises, indispensables, pour émettre les actes qui lui sont propres ? Quelle est l'opération la plus noble et la plus spéciale de l'homme ? c'est de rechercher' et de contempler le vrai. Or,

rhomme ne peut atteindre ce but qu'en s'appuyant sur les choses sensibles et qu'en élaborant ses idées, des images fournies par les sens. Les philosophes qui cherchent une autre origine aux phénomènes intellectuels, ne tiennent compte ni de la nature de Tintelligence, ni des conditions où elle est placée. L'union de l'âme avec le corps est donc naturelle puisque, sans elle, l'activité intellectuelle s'étiolerait faute d'aliments.

Si on nous objecte que le Créateur aurait bien pu soumettre l'esprit humain à d'autres lois, au lieu de l'astreindre à cette humiliante nécessité, nous répondons que nous n'étudions pas une âme imaginaire, telle que la désireraient certains philosophes, mais l'âme réelle, telle que Dieu l'a faite.

Nous disions, dans une page précédente, que M. Taine semblait se rapprocher de la théorie de Locke sur l'importante question de la personnalité. Il y revient au chapitre m et il ne laisse plus aucun doute : d'après lui, la personne est encore plus ondoyante que celle de Locke.

« On arrive, dit-il, à considérer le moi « comme un sujet ou substance ayant pour

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« qualités distinctives certaines facultés, et, « au-dessous d^ nos événements, on pose tf deux sortes d'êtres explicatifs, d'abord les « puissances ou facultés qui les produisent, « ensuite le sujet, substance ou âme qui pos- « sède les facultés. .

« Ce sont là des êtres métaphysiques, puis « fantômes engendrés par les mots et qui s'é- « vanouissent dès qu'on examine scrupuleu- « sèment le sens des mots '. »

Si M. Taine réussit à prouver ces affirmations, c'en est fait de la psychologie; les' facultés, l'âme, le moi sont des abstractions qui ne cachent aucune réalité. Elles ont été imaginées par des philosophes qui, n'ayant pas su creuser le sens des mots, ont créé tout un monde fantastique.

Suivons pas à pas les propositions de M. Taine et serrons-les de près.

« Qu'est-ce qu'un pouvoir? demande-t-il.

« Un souverain despotique a un pouvoir ab- « solu; cela signifie que sitôt qu'il ordonne (( une chose, quelle qu'elle âoit, la confisca- « tion d'une propriété, le meurtre d'un « homme, elle sera faite. — Un roi constitu- « tionnel n'a qu'un pouvoir limité; cela si- « gnifie que, s'il ordonne certaines choses, le « renvoi d'un fonctionnaire, la promulgation

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