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<c d'une loi, elles seront faites, mais que, s'il « ordonne d'autres choses, par exemple celles <c qu'on citait tout à l'heure, elles ne seront a pas faites, cela ne signifie rien de plus. Le <c mot pouvoir ne désigne ici qu'une liaison « constante entre un fait qui est Tordre du « prince et tels ou tels autres faits qui suivent « le premier. — Pareillement on dit qu'un « homme sain a le pouvoir de marcher et « qu'un paralytique ne l'a pas; cela veut dire « simplement que la résolution de marcher <( chez l'homme sain est certainement suivie « d'un mouvement des jambes et qu'elle n'est « jamais suivie de ce mouvement chez le pa- « ralytique; ici encore, le pouvoir n'est que « la liaison perpétuelle d'un fait qui est l'an- « técédent avec un autre fait qui est le consé- « quent. »
Nous n'insisterions pas sur la comparaison si elle n'était l'axe autour duquel roule la théorie de l'auteur. Qu'un pouvoir constitutionnel ne soit pas très flatté d'être assimilé à une attaque de paralysie, la question n'est pas là, un écrivain est libre de choisir ses exemples et, dès lors qu'ils rendent sa pensée exacte, il est dans son droit. Ne prenons donc, de la comparaison, que la pensée dont elle est l'expression. Un roi absolu commande, voilà le premier fait, son ordre est exécuté, voilà le
second ; il y a liaison perpétuelle entre l'antécédent et le conséquent. La cause du conséquent est dans l'antécédent, car si Tordre n'eût pas été donné, l'exécution n'aurait pas eu lieu. Mais Tordre à son tour, d'où vient-il ? Il ne peut pas venir du régime absolu, car ce mode de gouvernement n'assure que Texécution d'un ordre quel qu'il soit, qu'il s'agisse d'un meurtre ou d'une confiscation. Le roi a commandé et il été obéi, c'est bien; s'il a été obéi, c'est en vertu de son pouvoir absolu, mais s'il a commandé, ce ne peut être en vertu de la forme de son gouvernement, car cette forme n'est pas lui, elle n'est que l'instrument dont il se sert pour faire exécuter ses volontés. Il y a donc ici une confusion étrange dans l'acception du mot pouvoir, car il est pris comme forme politique et, en même temps, comme principe des volontés du prince. Or il y une très grande différence entre les conditions extérieures requises pour que la volonté du prince soit exécutée, et la volonté qui a donné Tordre. M. Taine n'envisage que Tordre et Texécution, et il voit entre ces deux termes une liaison constante, c'est vrai ; mais encore une fois, Tordre, d'où vient-il ? Quand un roi constitutionel ne peut pas faire exécuter une confiscation injuste, est-ce parce qu'il n'en a pas la volonté î Nous voulons bien le croire
pour rhonneur du régime, mais enfin qui peut lui défendre de vouloir ? On n'empêche que l'exécution, mais, la forme politique à laquelle il est soumis, n'a aucune prise sur sa volonté. M. Taine a donc confondu dans le mot pouvoir un régime politique et l'un des deux principes de l'activité humaine, la volonté.
Il n'est pas plus heureux en appliquant sa comparaison à l'homme sain et au paralytique. L'homme sain a le pouvoir de marcher, le paralytique ne l'a pas. Celui-ci n'a pas le pouvoir d'exécuter les mouvements, mais il en a certainement le désir et la volonté, car il y a pçu de malades qui se résignent à leur immobilité.
« Les noms de pouvoir et de force, continue M. Taine, ne désignent donc aucun être mystérieux, aucune essence occulte.
Quand je dis : j'ai la force ou le pouvoir de remuer mon bras, je veux dire seulement que ma résolution de remuer mon bras est constamment suivie par le mouvement de mon bras. En effet, si à l'aide de la physiologie j'examine de plus près cette opération, j'y découvre quantité d'intermédiaires, un mouvement moléculaire dans les lobes cérébraux, un autre mouvement moléculaire dans le cervelet, un autre mou-
« vement moléculaire propagé dans la moelle (c et de là dans les nerfs moteurs du bras, « une contraction dans les muscles des bras, « un déplacement de leur point d'attache. »
Mais quelle est donc la cause de tous ces mouvements? Si j*ai la i^ésolution (M. Taine emploie souvent le mot) de remuer mon bras, mon bras remue; si j'ai la résolution de ne pas le remuer,, il ne bouge pas : la cause de 'son mouvement est dans ma résolution, car ma résolution est toujours suivie de son effet. Cette résolution doit donc être quelque chose, car le rien ne produit rien; si elle est quelque chose, elle existe. Existe-t-elle comme faculté ou comme acte de faculté? Si c'est comme faculté, il existe donc une faculté; si elle est l'acte d'une faculté, la faculté, dont elle est l'acte, est donc aussi quelque chose. De quelque côté que nous nous tournions, nous arrivons donc nécessairement à conclure qu'une faculté existe.
(c J'ai le pouvoir de remuer mon bras, dit « encore M. Taine, comme l'employé au téléce graphe de Marseille a le pouvoir de remuer (( les aiguilles télégraphiques de Paris. Entre « ma résolution et le déplacement de mon « bras, il y a tous les intermédiaires énumé- « rés entre l'employé de Marseille et les a aiguilles de Paris, il y a les mille kilomètres
« de fil télégraphique. C'est une particularité « constante pour les signaux de l'employé « d'être suivis à mille kilomètres de là par le « jeu des aiguilles indicatrices : c'est une « particularité constante pour ma résolution c< d'être suivie ii travers dix intermédiaires « indispensables pour le déplacement de mon « bras. Rien de plus. »
Entre l'employé du télégraphe de Marseille et le mouvement des aiguilles dans le bureau de Paris, il y a, outre les fils télégraphiques, l'électricité. Sans elle, l'employé de Marseille aurait beau s'évertuer à envoyer des dépêches, les aiguilles de Paris ne broncheraient pas. Il y a donc trois agents qui concourent à la production des phénomènes : l'action de l'employé, le fil et l'électricité. De même dans le mouvement de mon bras, il y a une résolution (c'est l'employé), le fil (ce sont les nerfs), l'électricité (c'est la vie qui anime les nerfs) : de ces trois agents, M. Taine supprime le principal, c'est-à-dire l'électricité. La dépêche ne partira pas toute seule, de même si ma résolution n'existe pas^ mon bras restera immobile. Elle existe,dites-vous, puisque je me sers du mot; c'est vrai, vous vous servez du mot, seulement sous le mot, il. n'y a rien qu'une particularité constante, qu'un rapport entre des phénomènes.
Vous ajoutez, en effet : « Par malheur, de « cette particularité qui est un rapport, nous « faisons, par une fiction de l'esprit, une sub- (( stance; nous l'appelons d'un nom substance tif, force ou pouvoir; nous lui attribuons « des qualités; nous disons qu'elle est plus « ou moins grande; nous l'employons dans « le discours comme un sujet; nous oublions « que son être est tout verbal, qu'elle le tient « de nous, qu'elle l'a reçu par emprunt, pro- « visoirement, pour la commodité du dis- « cours, et qu'en soi il n'est rien, puisqu'il <( n'est qu'un rapport. Trompés par le lance gage et par l'habitude, nous admettons qu'il « y a là une chose réelle et, réfléchissant à « faux, nous agrandissons à chaque pas notre « erreur. En premier lieu, l'être en question « étant un pur néant, nous ne pouvons rien y <( trouver que le vide; c'est pourquoi, par une « illusion dont nous avons vu déjà des « exemples, nous en faisons une pure es- « sence, inétendue, incorporelle, bref, spi- « rituelle ^ »
Quel malheur y a-t-il donc à attribuer des qualités à une résolution? Ne faut-il pas une résolution plus énergique pour aller se faire tuer sur un champ de bataille que pour aller à la pêche à la ligne? La résolution d'attendre