‹ Les philosophes contemporains IChapitre 88 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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ils sont couverts de feuilles et de fruits, tantôt ils en sont dépouillés, mais ce sont des arbres. Je distingue donc dans cet objet deux choses : ce qui le constitue en lui-même et certaines circonstances qui Tentourent, mais qui ne changent pas sa nature. De même que j'ai pu appeler arbre l'objet qui était sous mes yeux, de même je puis donner le nom de substance à ce qui constitue sa nature, et le nom d'accidents aux circonstances qui l'embellissent ou qui le dégradent. Ne disputons pas sur les mots, ne prenons que les choses ; or il est évident qu'on doit admettre une différence entre la substance d'un être et ses conditions accidentelles. Mais sa substance n'existe pas en général, elle est individuelle, c'est-à-dire qu'il y a tel arbre, celui sous lequel je m'abrite ou dont je cueille les fruits. Si, pour me mettre à l'abri du soleil, j'étais obligé de chercher l'arbre en général, j'aurais le temps de me fatiguer beaucoup avant de le trouver. Il existe donc tel objet en particulier, ayant une substance individuelle qui le distingué des autres.

Or, parmi les objets, il en est qui me paraissent avoir des qualités spéciales; ils marchent, ils parlent, ils donnent des signes de liberté, d'intelligence, je suis tenté de les admirer ou ils ne m'inspirent que, du mépris,

en un mot, ils me frappent tellement, que je crois devoir les remarquer entre tous et leur donner un nom qui sera comme l'expression et le résumé de ces qualités qui ont attiré mon attention. S'il s'agit d'un objet quelconque, je dirai : c'est telle substance individuelle, mais si je veux désigner ces êtres privilégiés dont je viens de parler, je croirais de mon devoir de les honorer d'un nom particulier, je dirais: ce sont des personnes, et j'entendrais, parce mot, la substance individuelle d'une nature raison^ 7iable ^ C'est en cela que consiste le moi ou la personnalité.

1. Saint Thomas d'Aquin , Quœstiones de potentid, q. X, a. 2.

Dans le second volume : de rîntelligence, M. Taine se propose d'expliquer les principales opérations intellectuelles : « Nous faî- « sons des abstractions et des généralisations « précises, dit-il S nous jugeons, nous raî- « sonnons, nous construisons des objets « idéaux. Voilà les principaux groupes d^ac- « tions qui sont des connaissances, — Com- « ment un être composé comme on Ta dit (( peut-il les accomplir? Comment les événe- « ments intérieurs comme ceux qu'on a dé- « crits parviennent-ils à les former? Telle est « la question, et on ne la résout pas en disant, <( comme beaucoup de psychologues, que nous <( avons telle ou telle faculté, la conscience, la (( mémoire, l'imagination ou la raison. Ce « sont là des explications verbales, héritage

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