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« sont employés par la nature pour produire « les opérations que nous appelons connaisc( sances : Tun qui consiste à créer en nous (( des illusions; l'autre qui consiste à les recti- (c Jîer. C'est par cette double opération que « s'élève et s'achève Tédifice mental. »
Nous saurons tout à l'heure ce que l'auteur entend par illusions; faisons-lui remarquer, pour le moment, que, dans les procédés qu'il énumère pour expliquer le fait de la connaissance,, il omet le plus important : l'abstraction. Nous formons des illusions, c'est-à-dire des images fausses ou rectifiées, c'est incontestable, mais réduire la connaissance à ces deux éléments, c'est la découronner en enlevant le faîte de l'édifice piental. Nous allons le démontrer en prenant un des trois exemples choisis par M. Taine lui-même
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Je vois un bâton à demi plongé dans l'eau, il me semble courbé; je le retire et je constate qu'il est droit, je le plonge de nouveau, il paraît courbé, je répète plusieurs fois l'expérience, elle amène toujours les mêmes résultats. Mais avant de percevoir l'image du bâton droit ou courbé, ou du moins, en même temps que je la perçois, j'ai les idées de bâton, d'eau, de ligne droite et de ligne courbe. Elles viennent, nous l'avons vu, d'un double principe :
des objets qui frappent mes sens et, en second lieu, de la puissance de former Tidée générale de bâton, d'eau et de ligne. En n'admettant que le premier principe, je suis acculé à Tune ou à l'autre de ces deux impossibilités, signalées plus haut: ou bien nier l'idée générale, ou bien en chercher l'explication dans la sensation seule. Je ne puis pas nier l'idée générale, car elle est un fait qui s'imposç forcément; fe ne puis pas l'expliquer par la sensation seule, car nous l'avons répété et prouvé, la sensation ne nous donne que les éléments de l'idée particulière. Nous devons donc admettre, outre les illusions, un troisième procédé sans lequel la connaissance proprement dite est et demeure un problème insoluble.
M. Taine entend par illusions toutes les images dont notre esprit est peuplé. Ces images correspondent ordinairement à un objet réel ; dans certains cas l'objet est chimérique. Il part de là pour définir la perception extérieure : une hallucination vraie '.Ne disputons pas sur les mots, précisons seulement un point de psychologie sur lequel cette définition semble jeter un peu d'obscurité. Les images ne naissent pas de la spontanéité du sujet, elles sont provoquées et fournies par l'objet. Si je n'ai jamais vu un cheval, un
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arbre, un. chien, une pierre, je n'aurais jamais les images de ces objets, car il faut que l'objet vienne frapper mes sens pour que son image se reflète en moi. L'image n'est donc pas le produit de l'activité subjective, elle est la copie d'un objet extérieur, elle est provoquée, par conséquent, par la présence de l'objet. Quand l'objet n'est plus présent je puis en conserver l'image et, dans l'état normal, l'évoquer comme il me plaît. Je distingue fort nettement ces deux aspects de l'image et je saisis parfaitement la différence qu'il y a entre l'image du papier sur lequel j'écris maintenant, et l'image des objets que je ressuscite dans mon souvenir. En dehors de l'état normal, il est deux cas où cette différence n'est pas perçue et où l'on ne distingue plus la différence entre l'image d'un objet présent et celle d'un objet disparu ; ces cas sont le sommeil et l'hallucination. Pendant le sommeil, je crois que je gravis des montagnes ou que je me promène sur les bords de la mer. L'illusion est parfois complète, mais elle se dissipe au réveil et j'ai conscience d'avoir rêvé. Les rêves s'expliquent par la persistance des images. La vivacité avec laquelle elles se présentent, vient de ce que l'âme, n'étant plus sollicitée par les innombrables sensations qui nous assaillent pendant
la veille, Timage évoquée attire l'attention tout entière et elle Tabsorbe au point de prendre les caractères d'une réalité extérieure'. Nous pouvons expérimenter la puissance de l'imagination dans le silence des autres facultés. Quand nous sommes saisis par un souvenir irrésistible et que nous nous laissons aller au courant qui nous porte vers une scène passée, peu à peu les bruits se taisent, les objets qui nous entourent s'effacent, notre attention est fascinée par Tirnage évoquée et, durant le temps de notre rêverie^ nous vivons dans un milieu autre que celui où nous sommes réellement. Si le sommeil nous surprend en cet état la rêverie devient un rêve. Tout à l'heure nous avions conscience que la scène était imaginaire, maintenant elle s'empare de nous au point que nous perdons tout sentiment de ce qui n'est pas elle et nous croyons à sa réalité. M. Taine dépeint cet état dans un charmant petit tableau que nous nous empressons de citer : « Représentez-vous tel objet « que vous connaissez bien, par exemple telle « petite rivière entre des peupliers et des « saules. Si vous avez l'imagination nette et
t. Saint Thomas d'Aquin : de Divinatione per somnium^ 1. I. — L'assoupissement des sens qui a lieu dans le sommeil empêche la rectitude du jugement (Somme the'oîogiquejl 1., q. 84, a. 8).
« si, tranquille au coin de votre feu, vous « vous laissez absorber par cette rêverie, vous « verrez bientôt les moires luisantes de la (( surface, les feuilles jaunâtres ou cendrées » qui descendent le courant, les faibles « remous qui font trembler les cressons, la « grande ombre froide des deux files d'arbres ; « vous entendrez presque le chuchotement « éternel des hautes cimes et le vague bruis- « sèment de Teau froissée contre ses bords ^ » Voilà la rêverie, j'ai conscience de la vision imaginaire ; mais le rêve est plus absolu, il me fait croire à la réalité de la vision imaginaire, c'est le premier cas où, en dehors de l'état normal, je ne distingue pas la réalité,.del'image.
Le second est V hallucination. Uhalluciné est un homme qui, étant éveillé, croit voir des objets qui ne sont pas deVant lui, mais dont les images persistent dans son esprit troublé. Un homme me montre un chapeau et me dit : « Voyez- vous cette tête de mort ; comme elle me regarde fixement, elle me poursuit partout, » j'enlève le chapeau et la tête de mort vient se placer sur la cheminée à côté de la pendule. J'ai affaire à un fou : l'hallucination est en effet une des nombreuses formes de la folie. Définir la perception exté-