‹ Les philosophes contemporains IChapitre 95 sur 244 · Page · texte numérisé non relu

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M. Taine la modifie, ou plutôt il la change tout à fait. Maintenant, Tessence des corps est le mouvement, et c'est ce qui nous permet de leur assigner une existence indépendante. Non, le mouvement n'est pas l'essence des corps, il n'en est qu'une qualité. Si le mouvement est leur essence, on ne pourra pas les concevoir sans lui et cette proposition : un corps est immobile, sera une contradiction dans les termes. C'est faux. Que tous les corps soient mobiles, soit, que les corps, même les plus inertes en apparence, soient le théâtre d'un mouvement moléculaire incessant, passe encore : mais le mouvement entre-t-il dans la notion des corps au point que, s'il s'arrête, le corps disparaît ? On ne prouvera jamais cette proposition. Le mouvement suppose, en effet, une chose qui se meut, il n'est pas et ne peut pas être isolé ; sans la molécule qui se meut, le mouvement n'est qu'une abstraction, il ne peut donc pas constituer l'essence des choses corporelles ^

L'effort que fait M. Taine pour s'arrêter sur la pente du subjectivisme absolu est donc impuissant : son bon sens le retient, mais sa théorie le pousse. Le plus sûr moyen d'éviter recueil, c'est de reconnaître « à ces inconnues » une existence réelle, indépendante, séparée ;

1, Voir notre étude sur M. Vacherot,

d'avouer simplement qu'elles s'enveloppent sous d'impénétrables voiles, et que, si l'esprit humain n'a pas encore éclairé les profondeurs où se cache la substance corporelle, on ne doit pas cependant nier une existence qui donne, d'elle-même, d'irrécusables témoignages.

On se souvient peut-être que nous avons combattu plus haut les idées de M. Taine sur la personnalité, il y revient au chapitre premier, livre troisième. Nous croyons inutile d'entamer une discussion nouvelle, et nous nous contenterons de quelques observations de détail.

D'après la précédente thèse de l'auteur, la personnalité, n'était que la série des événements qui se succèdent en nous avec la rapidité et l'agitation des eaux d'un torrent. Or M. Taine reconnaît ici la nécessité d'un élément fixe dans la notion du moi. « Ce que « nous affirmons en second lieu, dit-il *, c'est « qu'il (le moi) est un être permanent, il y a « en lui quelque chose qui dure et qui « demeure le même. Je suis aujourd'hui, mais « j'étais déjà hier et avant-hier ; de même

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