SCÈNE QUATRIÈME
Le beau plaisir, de vivre avec une femme qui ne sait que compter avec sa cuisinière ou tricoter!
HARIAirNB.
Vous avez raison ; quant à moi, si je m'étais mariée, je ne me serais pas bornée seulement à bien tenir mon ménage, j'aurais voulu m'instruire assez pour que mon mari ne cberchât point d'autre ami, d'autre compagnon que moi.
KARL
Moi, au lieu de traiter ma femme C/omme une inférieure, j'aurais eu en elle la plus grande confiance, je me serais fait un plaisir d'étendre le cercle de ses connaissances et de la rendre chaque jour plus digne d'aimer et d'être aimée.
MARIANNE
C'est étonnant comme nous nous entendons !
KARL
Oui, voilà ce que j'aurais été ; mais, dussé-je trpuver la femme qui réaliserait l'idéal que je me suis formé, je ne l'épouserais pas.
MARIANNE
Dussé-je être demandée par le modèle des maris, je le refuserais !
Le mariage détruit l'amour!
MARIANNE
Il enlève toutes les illusions!
KARL
Avec lui, on est vieux avant l'âge!
MARIANNE
On a piille soucis I
KARL
On se querelle !
MARIANNE
On s'ennuie !
KARL
On se trompe!
MARIANNE
Tandis que si l'on ne 9e promet rien...
KARL
On est sûr de tenir ses promesses.
MARIANNE
Voilà. Au lieu de s'aimer d'amour, il vaut mieux s'aimer d'amitié, cela dure plus longtemps.
Ah ! l'amitié d'homme à femme, il n'y a rien de plus doux !
MARIANNE
Oui, on le dit.
KARL
Qui nous empêche d'essayer? Marianne, puisque nous avons les mêmes goûts, les mêmes idées, les mêmes anti> pathies, voulez-vous être ma sœur?
MARIANNE, 'se tournant vers lui, et lui tendant les mdns un peu cavalièrement.
Oui, mon frère Karl.
KARL, lui serrant les mûns.
Ah ! quel ange Dieu m'a envoyé pour le jour de Noël !
MARIANNE
Ce jour-là, les amis se font des présents, et, puisque nous
sommes amis... (EUe détache une petite croix qu'elle porte au cou.) Tenez,
Karl, prenez cette croix^ elle vous portera bonheur.
KARL
Merci!... je ne la quitterai plus! (Avec émotion.) Ah! vous ne dites, vous ne faites rien comme les autres! Cet abandon, cette confiance... Ah ! Marianne ! que pourrais-je vous donner, moi, pour le bonheur que vous me faites éprouver?... Ah !
tenez!... (11 va prendre un volume richement relié sur une petite table, au
fond, devant la bibliothèque.) Tenez... Cette Bible, elle vient de ma mère, souvent elle m'a ditque dans les moments d'indécision, elle l'ouvrait au hasard, et que toujpurs elle y a trouvé des avertissements salutaires.