SCÈNE IV
MARIANNE, KLARL, qui a suivi madame Rimblot jusqu'à la porte
du foad, revient en scène.
MARIANNE, allant s'asseoir à gauche dans le grand fauteuil.
C'est une bonne femme, un peu ridicule, qui m'impatiente souvent, et que je ne renverrai jamais parce que je sais qu'elle ne pourrait jamais se placer ailleurs.
KARL, debout près d'elle.
Vous êtes bonne.
Oui, bonne et vive, comme ma pauvre mère.
KARL
Vous l'avez perdue de bonne heure?
MARIANNE
^ A cinq ans nous étions en deuil, ma sœur et moi ; mon père et ma mère étaient morts dans une traversée.
KARL
Votre oncle prit soin de vous?
MARIANNE
L'excellent homme! il recueillit chez lui les jeunes orphelines, et, malgré son grand âge, qui pouvait lui faire craindre notre turbulence, jamais il ne voulut consentir à nous mettre en pension. Aussi, quoi qu'il arrive, jamais je ne voudrais le quitter ou lui causer le moindre chagrin.
KARL
Votre sœur a-t-elle le même caractère que vous ?
MARIANNE
Elle! elle est aussi -douce que je suis vive, aussi tranquille que je suis emportée, et je ne lui ai jamais connu une opinion, si ce n'est tlepuis qu'elle aime votre frère.
KARL
Est-ce qu'il vous déplaît, mon frère?
Mon Dieu, non; mais quelque aimnble qu'il puisse être, je ne comprends pas qu'elle lui sacrifie le plus grand bien de tous, la liberté.
KARL
Que cela me fait plaisir de vous entendre parler ainsi ! mais où donc ayez-vous puisé des idées si justes?
MAllIANNB, ae lev«Qt.
Dans les romans français; et puis, l'hiver, quand nous allons dans le monde, j'écoute, je regarde autour de moi, et je vois partout de mauvais ménages, partout des maria ironiques... Dernièrement, la comtesse Schomberg disait encore que son mari rempêchait de mettre des robes décolletées! Gomme cela me plairait à moi ! ce sont justement les robes décolletées qui me vont le mieux. Il y en a d'autres qui les empêchent d'aller au bal, au spectacle; qui leur défendent de lire des romans, qui les enferment toute l'année dans leur vieux château.
KARL
Avouez qu'il y en a beaucoup aussi qui font toutes les volontés de leurs femmes.
MARIANNE
Oh I pour ceux-là. ils sont si ennuyeux, si ennuyeux, que j'aimerais mieux être battue que de vivre avec eux.
KARL
Et les femmes! quelle prétention! quelle exigence! quelle dépense pour leur toilette! comme elles ruinent et trompent leurs maris ! que de caprices sans cesse renaissants, que de feintes maladies!
MARIANNE
Oui, mais il y en a beaucoup qui obéissent aveuglément à leurs maris.
Celles-là sont si sottes, que je bâille rien que d'y penser!