Saint Vincent de Paul {Pays, 20 novembre
Çà et là, il est vrai, saint Vincent de Paul avait eu parmi les écrivains religieux, plus ou moins touchés de ses vertus, les panégyristes de l'admiration et de l'amour. Mais d'histoire dans sa tenue correcte, dans son renseignement critique et profond, il n'y en avait pas. Et ce n'était pas pour le saint qui est au ciel et qui a laissé sur la terre des œuvres vivantes, lesquelles disent mieux ce qu'il fut qu'aucune plume d'homme ou de génie, ce n'était pas pour le saint qu'il fallait regretter cette lacune. C'était pour nous. Les saints se passent très bien de la gloire du monde. Ils ont mieux qu'elle . Mais, puisqu'il faut se rabattre à la critique littéraire, disons que c'était presque une honte pour la littérature française que d'avoir de si magnifiques récits à mettre en œuvre sans une main qui fût attirée par ces magnificences et qui les plaçât dans la lumière, par amour seul de leur beauté.
Eh bien, grâce à Dieu! cette honte est finie, et la lacune que nous déplorions n'existe plus. L'abbé Maynard vient de publier sur saint Vincent de Paul un immense travail, qui n'est pas seulement de l'hagiographie, mais de l'histoire, de l'histoire comme il en faut aux esprits de cette génération, qui ne comprend plus rien aux œuvres naïves, et dont on doit plier l'orgueil incrédule et chicanier sous la science, la critique et les faits. Il pouvait être naïf, cet abbé Maynard, je le crois. Il a la foi. Il a une imagination aux grâces un peu pâles, mais touchantes.il a l'amour
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de l'humilité, qui n'est pas la naïveté de la vertu, mais qui en est la simplicité, achetée souvent bien cher. Il a enfin dans la pensée tous les parfums d'aubépine blanche des puretés chrétiennes, mais il s'est abstenu de ce charme, qui eût été perdu, d'une histoire naïve, et il s'est fait profondément et savamment historien.
Renoncement réfléchi, volonté de n'être que sévère dans un sujet où le cœur se fond d'admiration et d'attendrissement. En ce sens-là, il a été courageusement prêtre. Il a imposé silence à ses instincts, à ses facultés, et jusqu'aux tendresses de son âme. Il dit dans son cœur à l'époque actuelle : « Je te parlerai ton langage, mais pour t'apprendra à respecter ce que tu dédaignerais de connaître si je te parlais seulement le mien. » Et, en effet, le monde, auquel on est obligé de s'adresser quand on est écrivain, aurait laissé dans l'ombre une œuvre qui n'eût été qu'hagiographique sur Vincent de Paul.
L'hagiographie, cette peinture byzantine littéraire, avec son inspiration macérée, avec ses nimbes mystérieux et rayonnants, ne touche guèresqueles cœurs qui les voient, ces nimbes, sans qu'on ait besoin de les leur montrer, et c'est pourquoi l'abbé Maynard a mieux aimé faire de l'histoire, — de la vaste et forte peinture d'histoire, — avec tout le ragoût de critique et de renseignement qu'une civilisation très avancée et très difficile exige maintenant de l'historien. Par
là, il s'est donné vis-à-vis du public, auquel il veut avoir affaire, ce qui constitue aux yeux de ce public la suprême autorité. L'abbé Maynard n'a pas, certes! oublié dans son livre qu'il avait l'honneur d'être prêtre, Au contraire! Seulement, si le caractère sacerdotal, qui est pour nous le grand caractère de son livre, n'était pas tenu pour ce qu'il est par les têtes de linottes littéraires, elles seraient pourtant bien obligées, les charmantes cervelles! de respecter l'historien.
Et je me permets d'insister sur cette mâle conduite, sur l'excellence d'une méthode qui a peut-être beaucoup coûté à l'enthousiasme du nouvel historien de saint Vincent de Paul, mais dont il ne s'est jamais départi dans les quatre immenses volumes qu'il a publiés. J'avais lu quelquefois l'abbé Maynard, et il me faisait l'effet (je lui en demande bien pardon!) d'un Pontmartin ecclésiastique, plus fort que Pontmartin, sinon dans la forme, au moins dans le fond, paurce que, à force égale de talent ou d'esprit, l'homme qui a mis son front dans un livre de théologie vaudra