‹ Les philosophes francais du 19. siecleChapitre 30 sur 66 · Le P. André, p · texte numérisé non relu

Le P. André, p

piqûres et jugea que la province littéraire disputée était assez grande pour recevoir deux habitants.

D’autres traits, quoique singuliers , font plaisir ; toute passion vraie est aimable. Celle de M. Cousin pour les textes inédits ressemble à l’amour d’un chevalier pour sa dame. Le chevalier, pour délivrer sa dame, tuait les monstres, rompait les enchantements , abattait les géants , escaladait les murailles. M. Cousin pénètre dans les couvents, bouleverse les bibliothèques , séduit les bibliothécaires, dépense des trésors d’amabilité, d’éloquence et de patience, pour conquérir les précieux documents. Sur un simple portrait, Amadis devint amoureux d’Oriane; surun simple soupçon, M. Cousin devient amoureux d’un texte; épris du manuscrit qu’il devine, il se met en campagne, il écrit à l’un, fait écrire à l’autre, et poursuit une lettre de Descartes ou un fragment de Malebranche avec une opiniâtreté et un enthousiasme que personne n’a plus. « Le catalogue imprimé des manuscrits de la bibliothèque de Leyde m’avait donné des espérances qui, grâce à Dieu, n’ont pas été vaines.... Là fai vu de mes yeux, touché de mes mains une foule de lettres de Leibnitz , de cette écriture ferme et serrée qui est de son pays plus que de son siècle.... Cependant je ne pouvais me persuader qu’il n’y eût pas à Leyde quelques lettres inédites de Descartes lui-même. » Là-dessus il fouille plusieurs gros

paquets de lettres non cataloguées , et y découvre un billet de Descartes à son horloger, avec deux autres. « Ce sont là les seules petites découvertes cartésiennes que j’aie faites en Hollande. » Un peu plus tard il apprend que la Bibliothèque royale de Paris contient la correspondance de l’abbé Nicaise et de Leibnitz. Transcrivons cette page; le lecteur y verra ce que c’est qu’aimer et chercher des documents inédits.

Dès que j’appris que cette précieuse collection était à la Bibliothèque royale de Paris, on conçoit avec quel empressement j’y recherchai tout ce qui pouvait s’y rapporter à l’histoire de la philosophie du xvir siècle. La correspondance de Leibnitz attira particulièrement mon attention. Dutens s’était procuré quelques fragments de cette correspondance, et ces fragments avaient déjà paru bien précieux. J’eus le plaisir de rencontrer dans le manuscrit de la Bibliothèque royale les autographes de ces lettres , au nombre de six , écrites pour la plupart de la main de Leibnitz ou corrigées et signées par lui. Mais une étude un peu attentive me ht aisément reconnaître qu’il devait manquer un bon nombre de lettres. Cela se voit particulièrement par 1a correspondance de Huet, où le savant évôque d’Avranches remercie son ami de Dijon de lui envoyer des extraits des lettres de Leibnitz , lesquelles ne se retrouvent pas dans notre manuscrit. Que sont-elles devenues? Ont-elles péri, ou n’ontelles fait que s’égarer entre des mains qui les retiennent au détriment du public? Un de mes amis de Bourgogne termina mes doutes et mon embarras en m’apportant une revue de son pays, intitulée Revue des deux Bourgognes ^ année 1836 , où sont imprimées les six lettres de Leibnitz

du manuscrit de Paris, et celles dont je déplorais la perte, en tout dix-huit lettres parfaitement authentiques , adressées à l’abbé Nicaise par l’auteur de la Théodicée.

Chemin faisant, il conseille des éditions et fait des recrues d’antiquaires.

On ne peut comprendre, dit-il , pourquoi les éditeurs ont si mal copié et tant défiguré les lettres de La Rochefoucauld, bien faciles à lire pourtant avec leur longue et grande écriture à la Louis XIV. Ces lettres si bien tournées, souvent si intéressantes , attendent encore un éditeur intelligent et soigneux. Si nous étions plus jeune, nous tâcherions d'étre cet éditeur-là , d’autant plus que nous pourrions joindre aux lettres déjà connues bien des lettres nouvelles , parmi lesquelles il en est de fort importantes.

Ailleurs il souhaite qu’un élève de l’École des chartes veuille bien employer quelques années de sa vie à faire l’histoire de la place Royale Il offre ses notes, extraits et copies, à « l’ami de la religion et des lettres» qui rassemblera le cartulaire du couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques. En apprenant que le P. André a écrit la vie et rassemblé la correspondance de Malebranche, mais que cet écrit égaré est maintenant retenu en des mains inconnues, il s’indigne contre l’enfouisseur et le somme de restituer son trésor :

Avant de quitter cet important sujet, nous voulons, dit-il,

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