Essai sur les fondements de la certitude, 2 vol
Arrivons à Thomme. Notre psychologie va se réduire à deux théories : nous croyons à la liberté, parce que, si on la supprime, on supprime le mérite et le démérite, ce qui est iaimoral ; nous croyons à la raison, parce qu'on relève l'homme en lui attribuant une faculté distincte capable d'atteindre Dieu, et parce que, si on nie la raison, on compromet les preuves de l'existence de Dieu, ce qui est immoral; nous allons donc défendre la raison et la liberté. Ces deux noms que nous avons choisis sont beaux et populaires. Ils mettront le public de notre côté et nous fourniront des mouvements d'indignation généreuse. Quant aux mille questions que suggèrent la physiologie et l'étude des langues, nous ne nous en embarrasserons pas. Nous laisserons là, de parti pris, tout ce qui est scientifique, et nous développerons, de parti pris, tout ce qui est oratoire; si on nous prie de découvrir quelque chose de nouveau en psychologie, nous renverrons le questionneur chez les Écossais.
Montons jusqu'à Dieu. Il ne s'agit pas, pour nous, d'étudier sa nature ou de démontrer son existence, comme un physicien examine la nature et démontre l'existence de l'éther; il s'agit de trouver en lui un gardien de la morale. Pour qu'il soit le gardien de la morale, il faut qu'il ressemble à l'homme le plus qu'il se pourra; il faut qu'on le considère comme un juge, comme un roi, comme
un surveillant éternel, comme un distriljuleur de peines et de récompenses. Nous lui attribuerons toutes ces qualités, et nous dirons que, s'il est l'auteur de l'humanité, il en est ^ le type. » Nous ne nous embarrasserons pas de concilier ces attril)uts moraux avec les attributs métaphysiques. Nous n'examinerons pas si le Dieu qu'on prouve par l'idée de l'infini n'a pas une nature contraire à la nature du Dieu qu'on construit par l'induction psychologique. Nous fonderons notre principale démonstration sur une équivoque visible^; et nous développerons en style touchant ou en phrases imposantes la grandeur de cette idée et la force de cette démonstration.
Pour que Dieu distribue des peines et des récompenses, il faut que Fâme survive à la mort; nous dirons donc que l'âme est immortelle. Nous prendrons pour arguments ceux des philosophes qui nous ont précédés. Nous éviterons soigneusement d'en ajouter un seul; et nous ne daignerons pas examiner les difficultés que présente la survivance forcée de l'âme des bêtes, ni surtout les objections terribles que les expériences de la physiologie ont précisées et accumulées depuis trente ans.
Puisque nous n'avons d'autre but que de produire la perfection morale, nous dirons qu'il n'y a d'autre