I. Procli commentarii, Teubner, p
nous permet de corriger Plutarque sur ce point, en invoquant lui-même le témoignage de Hieronyme de Rhodes, contemporain d'Eudème. « Hieronyme de Rhodes dit que Thaïes mesura les pyramides en observant Tombre, quand elle nous est égale. » La question se réduit au fond à celte remarque que lorsque Tombre d'un objet lui est égale, il en est de même au même instant pour tous les objets : ce qui n'implique en somme la nécessité d'aucune recherche théorique importante.
En astronomie, la tradition veut que Thaïes ait mesuré le diamètre apparent du soleil, déterminé les saisons astronomiques, enfin et surtout prédit une éclipse, mais tout permet de supposer qu'il ne faisait en somme que vulgariser en Grèce des connaissances acquises en Egypte, « et dont le caractère pratique, dit M. Tannery, est en général assez nettement accusé ».
Bref, sans insister davantage, il semble que le caractère scientifique des recherches de Thaïes ait été très clairement indiqué dans les quelques mots de Proclus relatifs à son œuvre géométrique. Les considérations abstraites qu'elles peuvent présenter se dégagent malaisément de préoccupations d'ordre pratique et concret.
Les données scientifiques relatives a Anaximandrc et à Anaximène sont des plus vagues : ce que nous y trouvons de plus important c'est la tentative d'appré-
LES PREMIERS lOMENS 65
cier les distances de la terre aux astres errants et aux étoiles fixes, problème déjà passablement ardu, et pouvant comporter quelque méthode théorique sur laquelle nous ne possédons aucun renseignement/
D'une façon générale, les Ioniens ont été les initiateurs des recherches mathématiques chez les Grecs, mais c'est surtout en servant d'intermédiaires entre eux et les vieilles civiUsations orientales. On ne peut déjà plus dire avec Thaïes, Anaximandre et Anaximène, que la géométrie n'est qu'un ensemble de règles empiriques, ni que l'astronomie se réduit à une série de procédés et de préoccupations pratiques. L'élan -est donné à des travaux de théorie et de spéculation, et la mathématique rationnelle va se constituer en Italie avec Pythagore et ses disciples.
2" Les Concepts.
Les peuples orientaux trouvaient dans leurs livres sacrés et dans leurs mystères la réponse à toutes les questions qu'ils pouvaient se poser sur le monde. Les Ioniens semblent avoir été les premiers à chercher systématiquement une exphcation naturelle des choses.
Deux affirmations, répétées par tous les commentateurs, résument ce qui nous reste de la pensée de Thaïes : « L'eau est le principe de toutes choses. — Le monde est plein de dieux. »
S'il faut en croire Aristotc, Théophraste, et la plu-
G. MiLHAUD. — Philsophes-Géomètres. 5
part des doxographes grecs, Thaïes fondait sa première affirmation sur une observation courante, (c II tira probablement son hypothèse, dit Aristote (Met. , I, 3,), de ce fait d'observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de Thumidité, et que c'est l'humidité qui fait vivre tout ce qui vit . . . Il ajouta cette observation que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l'eau est le principe naturel de tous les corps humides. » « Les apparences sensibles le conduisaient à cetle conclusion, dit Théophraste, (Simplicius, in Phys., G a), car et ce qui est chaud a besoin d'humidité pour vivre, et ce qui est mort se dessèche, et tous les germes sont humides, et tout aliment est plein de suc*...» Et ainsi de suite. C'est déjà de l'audace déparier au nom de l'évidence, de quelque ordre qu'elle soit, et non point au nom d'une iiutorité qui s'impose du dehors a l'intelligence humaine : cela suffit pour que Thaïes mérilc la place qui lui est laissée dans l'histoire de la science et de la philosophie. Est-ce tout cependant.^ la thèse du penseur ionien ne présente-elle en elle même aucun intérêt ? A la regarder de près, n'y trouvons-nous pas déjà un mélange de préoccupations concrètes et de quelques tendances d'ordre plus abstrait, qui rappellent précisément les caractères de la mathématique