‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 11 sur 104 · I. Trad. Tannery. Pour la science hellène, p · texte numérisé non relu

I. Trad. Tannery. Pour la science hellène, p

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ionenne? C'est au monde sensible que sont empruntées les observations premières, et c'est à un élément sensible et concret, à un élément qui se voit et qui se touche, à Teau, qu'on demande d'engendrer toutes choses ; mais en même temps, dans cette tentative de ramener la multiplicité infinie des phénomènes à un principe unique, dans ce désir d'atteindre à la cause de tout ce qui tombe sous nos yeux, et de la chercher dans une transformation générale qui a pour point de départ un élément primordial, n'y a-t-il pas la .marque d'une pensée qui non seulement veut être indépendante, mais aussi qui veut prendre son essor par delà les bornes étroites où l'enserre le monde des sens ? A cet égard, c'est déjà un commencement d'idéalisme.

Le système d'ailleurs, si un terme semblable est permis pour Thaïes, est encore vague et imprécis, puisque, à côté de l'unité idéale qui se cache sous la variété des choses, se trouve affirmée la multiplicité iniinie des puissances de la nature. La tradition veut que ïhalès le premier ait observé les propriétés attractives de certaines substances : il n'en fallait sans doute pas davantage pour lui faire dire que le monde est animé et plein de démons. Par là nous touchons au dynamisme le plus naïf, à celui qui est le plus voisin du primitif polythéisme, et qui devait trouver sa place dans les premiers tâtonnements de l'intelligence humaine cherchant à exphquer l'univers.

G8 LES PÎIILOSOPHES-GKOMKTRES DE LA GRECE

En résumé, et autant que permettent d'en juger les quelques fragments relatifs à Thaïes, la pensée philosophique en est avec lui à ses premiers tâtonnements. Une confiance irréfléchie dans rintelligence humaine s'y manifeste sans doute, mais c'est pour formuler des jugements où tout à la fois se trouvent impliquées des exigences contradictoires de multiplicité concrète et vivante, et d'unité sinon abstraite, du moins suffisante dans sa généralité pour servir de sujpport à la production de toutes choses. Les tendances abstraites vont se préciser avec Anaximandre.

Le principe de toute matière que Thaïes voyait dans l'eau, Anaximandre le trouve dans un élément qu'il nomme aTrstpov. Que désigne-t-il par ce mot, comment a-t-il été conduit à un semblable élément.^ Théophraste, dans un fragment conservé par Simplicius, nous répond ainsi : « Anaximandre entend par l'aTietpov non pas l'eau ou quelque autre des éléments que nous reconnaissons, mais une certaine nature indéfinie différente, de laquelle se seraient formés tous les ciels et tous les mondes qu'ils ont contenus: c'est de là que proviennent les êtres, c'est en cela aussi qu'ils se dissipent suivant une loi nécessaire... Il est clair que, considérant la transformation réciproque des quatre éléments, il a jugé à propos de prendre comme .substratum non pas l'un d'eux mais quelque chose de différent. D'ailleurs il n'attribue pas la génération au changement de l'élément,

mais a la séparation des contraires, par suite du mouvement étcrneP. » — Ces renseignements sont confirmés par un certain nombre d'allusions d'Aristotc, et aussi par le témoignage de la plupart des commentateurs. 11 s*eh dégage avant tout que TaTreipoy n'est aucun des éléments connus tels que eau, terre, air, feu, Est-ce quelque chose d'intermédiaire entre deux de ces corps ? Zeller a montré qu'une affirmation semblable ne pourrait s'appuyer sur aucun texte d'Aristote. Le principe d'Anaximandre est une -^iat; ioptaro:, comme dit Théophraste, une nature indéterminée, sans propriété qualitative qui puisse se désigner avec précision, et d'où peuvent sortir toutes choses. C'était pour Thaïes une matière visible et palpable qui se trouvait à l'origine de toute génération, c'est pour Anaximandre une substance qui non seulement échappe à tous les sens, mais même dont on ne peut nommer aucune propriété sensible déterminée. Si nous voulons expliquer ce qu'est l'aTreipov, ce ne sera plus en désignant tel corps qu'il nous est donné de rencontrer, en décrivant les impressions diverses qu'il peut produire sur nous, mais seulement en définissant son rôle primitif et caché. C'est dire que le principe auquel s'élève le Milésien n'est plus un élément concret, c'est une idée, un concept. L'observation courante l'a sans doute suggéré ; les transforma-

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