‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 23 sur 104 · I. Id., Science hellène, p · texte numérisé non relu

I. Id., Science hellène, p

Iâ6 LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GREGE

celles qui reposent sur des concepts intelligibles et dont la mathématique pythagoricienne vient de donner un exemple saisissant. Laissant de côté les considérations générales de Parménide sur la physique, allons droit à ce qui forme sa doctrine propre^ à ce qu'il présente au nom de la Vérité.

(( Il faut penser et dire que ce qui est est ; car il y a être, il n'y a pas de non être: voilà ce que je t'ordonne de proclamer... Jamais tu ne feras que ce qui n'est pas soiti.. Il n'y a qu'une voie pour le discours, c'est que l'être soit ; par là sont des preuves nombreuses qu'il est inengendré et impérissable, universel, unique, immobile et sans fin. Il n'a pas été et ne sera pas: il'est maintenant tout entier, un, continu. Car quelle origine lui cherchejras-tu ? D'où et dans quel sens aurait-il grandi ? De ce qui n'est pas? je ne te permets ni de le dire ni de le penser ; car c'est inexprimable et inintelligible que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l'eût obligé plus tôt ou plus tard à naître en commençant de rien ? Il faut qu'il soit tout à fait ou ne soit pas. Et la force de la raison ne te laissera pas non plus de ce qui est faire naître quelque autrechose. Ainsi ni la genèse ni la destruction ne lui sont permises par la justice... L'être n'est pas non plus divisé, car il est partout semblable ; nulle part rien ne fait obstacle à sa continuité, soit plus soit moins ; tout est plein de l'être ; tout est donc continu, et ce qui est touche ce qui est.

LES ELEATES 12']

Mais il est immobile dans les bornes de liens inéluctables... Il est le même, restant en même état et subsistant par lui-même; tel il reste invariablement... Il faut donc que ce qui est ne soit pas illimité ; car rien ne lui manque, et alors tout lui manquerait... Ce qui n'est pas devant tes yeux, contemple-le pourtant comme sûrement présent à ton esprit...

. . . Son nom est Tout. . . Mais puisqu'il est parfait soùs une limite extrême, il ressemble à la masse d'une sphère arrondie de tous côtés, également distante de son centre en tous points... Il n'y a point de non être qui empêche l'être d'arriver à l'égalité ; il n'y a point non plus d'être qui lui donne plus ou moins d'être ici ou là, puisqu'il est tout sans exception... »

Ces fragments, s'ils ne suffisent peut-être pas à nous faire pénétrer complètement dans la pensée de l'Eléate, permettent du moins de fixer quelques points. Qu'estce d'abord que Vêtre ? — La séparation des deux domainesde connaissance, de la vérité et de l'opinion, fondée sur la distinction de leurs objets, empêche tout naturellement de confondre cet être avec les phénomènes infiniment variés qui tombent sous les sens. Il semble bien que d'après Parménide l'être véritable soit saisi par la raison et non point par les yeux (ce qui n'est point devant tes yeux, etc.). Faut-il donc y voir

i. Fragm.j 44 à iio, trad. Tannery.

[[uelque entité métaphysique ? — Non, sans hésiter. Le langage même deTEléate est significatif. Sonêtreest matériel, coiporel, il est continu et étendu, il est limité ; il est homogène, égal en densité, il est comparable à une sphère... Certaines expressions pourraient suggérer ['idée qu'il est la totalité des choses, l'ensemble les phénomènes. Mais outre que la somme, le total, l'un ensemble d'éléments ne saurait se distinguer radicalement des éléments eux-mêmes au point d'exiger m mode spécial de connaissance, et que la séparaion des deux domaines ne paraîtrait pas ainsi sulH- »amment justifiée, la quahté primordiale de l'être, i savoir son unité, s'oppose à une pareille interprétajon. Il reste alors que l'être soit le substratum matériel jui remplit l'espace, la substance étendue de Descar- ,es*. Ainsi se trouve affirmée, sous la multiplicité et a mobilité fuyante des choses sensibles, l'existence d'un ître un, fixe, stable, continu, de nature invariable. — ^es qualités de cet être sont de deux sortes. D'une )artil est continu et remplit tout l'espace, ce qui exclut e non être que serait l'espace pur, l'espace vide de oute matière. D'autre part,, il ne présente pas de changement, de diversité, ni dans l'espace ni dans le emps, de façon qu'il est partout et toujours identique i lui-même. Les exigences logiques de la raison vont

Page 1