I. Cf. Tannery, Science hellène, p
LES ÉLIÊATES 12^
ainsi chez Parménide jusqu'à exclure tout devenir, tout passage d'un état à un autre, et postulent en somme comme nécessaire, pour l'être que veut atteindre la connaissance scientifique, la permanence, l'unité, l'identité absolue.
Plus tard Mélissus reprendra sous la même forme la thèse de Parménide, sauf sur un point. L'Eléatc, on l'a vu, a rejeté tout commencement absolu dans le temps. Son être est éternel dans le passé comme dans l'avenir; mais un besoin curieux de régularité, d'égalité, de symétrie, l'amène à comparer sa forme à celle d'une sphère, il le déclare fini, limité. Mélissus, plus logique encore, exclura toute limite dans l'espace. A part cela, les fragments de Mélissus reprennent, en les éclairant et les précisant, les affirmations de Parménide sur la permanence et la continuité de l'être. «Le tout est éternel, infini, un et uniforme; il ne peut ni perdre ni gagner, ni subir un changement d'ordre interne, ni ressentir de la souffrance ou du chagrin. S'il éprouvait rien de tout cela, il ne serait pas un ; car s'il devient autre il faut que l'être ne soit pas uniforme, mais que l'être antérieur périsse, et que ce quin'estpas devienne. Si en dix mille ans l'univers avait changé d'un cheveu, dans le temps total il aurait péri... Quand rien ne s'ajoute, ne se perd, ni ne devient autre, comment quelque changement d'ordre pourrait-il avoir lieu dans l'être.^... Rien n'est vide, car le vide n'est rien, et ce G. MiLHAUD. — Philosophes-Géomètres. 9
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qui n'est rien ne peut être. Et Têtre ne se meut pas, car il n'a pas déplace pour aller nulle part, puisqu'il est pleine., »
Ne croirait-on pas par instant entendre les réflexions d'un savant moderne sur l'impossibilité que rien ne se perde ni ne se gagne, ou sur la constance de la masse de matière répandue dans l'univers...
Entre Parménide et Melissus se place Zenon, dont l'allure est tout autre et dont le rôle dans l'histoire de la pensée est encore tant discuté. D'abord ce n'est plus par les fragments de quelque écrit présenté sous une forme plus ou moins solennelle qu'il nous est connu. La tradition le représente comme un batailleur, comme un disputeur infatigable, et les commentateurs anciens font de nombreuses allusions à ses fameux raisonnements. Quel fut le caractère de cette bataille .^^ Que voulait défendre Zenon .^^ Qui voulait-il combattre .^^
Au-dessus de toutes les opinions et de toutes les interprétations tant anciennes que modernes, c'est Platon qui doit nous guider. Une page du Parménide explique avec la plus grande clarté quel fut le but principal de la dialectique de Zenon. « Socrate invita Zenon à relire la première proposition du premier livre. Cela fait, il reprit : Comment entends-tu ceci,