I. Idem
l44 LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRÈGE
nous appelons qualités^ en leur ôtant évidemment le degré d'abstraction que ce mot comporte pour nous. Tels sont le chaud, le froid, le sec, Fhumide, le dense, le léger, etc.. La matière est divisible àTinfini, elle n'est pas un certain nombre d'unités monadiques, comme le supposaient les Pythagoriciens ; elle n'est pas un groupement d'atomes, comme pour Démocrite ; elle est continue, comme le voulaient les Eléates, en ce sens qu'il n'y a pas de minimum insécable. Mais cette multitude indéfinie d'éléments dont elle est un mélange ne transforme-t-elle pas cependant les corps en composés multiples .^^ et Anaxagore ne fait-il pas reparaître par là la multiplicité pythagoricienne en opposition à l'un des Eléates ? — Nullement, la division illimitée de la matière ne parviendrait jamais à séparer ces éléments, ces qualités. Si petites que soient les portions d'un corps, elles présentent au même titre que lui le mélange de toutes les qualités, dans les proportions où le corps y participe. Voilà le côté vraiment original de la théorie d'Anaxagore. « En tout, il y a une part de tout, dit-il, sauf du Nous.,, Les autres choses participent de tout. Il n'y a pourtant aucune chose semblable à aucune autre, chacune est pour l'apparence ce dont elle contient le plus.. Les choses qui sont dans le monde unique ne sont pas isolées ; il n'y a pas eu un coup de hache pour retrancher le chaud du froid ou le froid du chaud... Par rapport
ANAXAGORE EU pÉMOCRITE 1^5
au petit, il n'y a pas de minimum, mais il y a toujours un plus petit, car il n'est pas possible que l'être soit anéanti par la division. De même, par rapport au grand, il y a toujours un plus grand, et il est égal au petit en pluralité... Comme il y a eu pluralité, égalité de sort entre le grand et le petit, il peut de la sorte y avoir de tout en tout, et rien ne peut être isolé ; mais tout participe de tout. Puisqu'il n'y a pas de minimum, il ne peut être isolé et exister à part soi, mais encore maintenant, comme au commencement, toutes choses sont confondues. En tout il y a pluralité, et dans le plus grand et dans le moindre, toujours égalité de pluralité des choses distinctes*. » Ainsi dans cette conception, qui laisse subsister la multiplicité indéfinie des qualités, il n'existera pas un élément de matière, si petit qu'il soit, qui n'enferme toutes les qualités mélangées. Enfin les proportions du mélange varient, les coefficients d'intensité spécifique, dirions-nous en langage moderne, dont est fonction chaque parcelle de matière, ont des valeurs diverses, de façon à fixer les caractères différents des corps.
Ce qui est véritablement curieux, dans ces vues d'Anaxagore, c'est que les concepts le plus proprement mathématiques s'allient à un système qui conserve comme réalités spécifiquement distinctes la mul-