I. Physique, 1. IV, ch. viii
'2. Cf. Ch. Lévêque, L'atomisme grec et la métaphysique. Rev. philosoph., 78, I. Nous mettons largement k profit cette intéressante Dtude dans nos réflexions sur Démocrite.
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qu'il était conduit à sa conclusion en observant seulement, en enregistrant des faits ? Qui ne voit, au contraire, la distance qui sépare les faits eux-mêmes de la conclusion qu'on en tire? Un mot, en tous cas, suffit à la mettre en évidence. Ni Aris.tote, ni Descartes n'auraient contesté une seule des observations de Démocrite, et Tun et l'autre se sont élevés avec la dernière énergie contre l'hypothèse du vide. Celui-ci n'est pas tombé sous les sens, ce qui serait d'ailleurs inconcevable ; il n'a pas été mis à nu devant les yeux comme un objet tangible ; il a été rationnellement déduit de deux principes fondamentaux posés antérieurement aux observations et à la lumière desquels elles s'éclairent et s'interprètent. L'un exprimait l'impénétrabilité de la matière : Wo ccofxara «(îiivarov àfxa Bivor.i — la même portion d'espace ne peut être remplie simultanément par deux corps. L'autre affirmait l'impossibilité d'un mouvement quelconque dans le plein. Il est évident que les observations de Démocrite devaient alors le conduire au vide ; mais remarquons aussi qu'elles devenaient presque inutiles et que cette simple constatation, qu'il y a du mouvement autour de nous, aurait tout aussi rigoureusement justifié l'affirmation dernière.
Quant à l'existence des atomes, elle résultait pour Démocrite de ce qu'il faut bien qu'une substance soit composée de quelque chose. Aristote nous donne tout
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au long sa démonstration*. « Puisque le corps est censé doué de cette propriété (la divisibilité à Tinfini), admettons qu'il soit absolument ainsi divisé. Mais alors, que restera- t-il donc après toutes ces divisions ? Sera-ce une grandeur? Mais cela n'est pas possible, car alors il y aurait quelque chose qui aurait échappé à la division, et Ton supposait, au contraire, que le corps était divisible sans aucune limite et absolument. Mais s'il ne reste plus ni corps ni grandeur, et qu'il y ait cependant encore division, ou bien cette division ne portera que sur des points, et alors les éléments qui composeront le corps seront sans aucune grandeur; ou bien il n'y aura plus rien du tout. Par conséquent, soit que le corps vienne de rien, soit qu'il soit composé, (le supposer divisible à l'infini) c'est toujours réduire le tout à n'être qu'une apparence. » Peu importe ici la valeur du raisonnement I Démocrite conclut aux atomes, comme il conclut au vide par les ressources logiques de sa pensée.
On ne s'y est pas trompé d'ailleurs dans l'antiquité, quand on a reconnu au\ affirmations de Démocrite sur le vide et sur les atomes un caractère de nécessité absolue qui dépasse d'ordinaire les constatations empiriques. (( La diflférence qui nous sépare de Démocrite, quant au scepticisme, observe Sextus Empiricus^ de-
I. Génér. et Corrupt.y livre I, chap. ii. 3. Pyrrhon, Hypotyp., 1. I, ch. xxx.
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vient éclatante quand il dit : les atomes et le vide existent véritablement, Itejî. )) Et en même temps Sextus reconnaît le scepticisme de Tatomiste à ce qu'il doute de la sensation. Nous reviendrons sur ce doute. Notons dès maintenant que, rapproché des affirmations dogmatiques sur les atomes et le vide, ce doute sur la sensation, loin de faire prendre Démocrite pour un sceptique, ne peut que confirmer à nos yeux le caractère rationaliste d^ ses tendances. Nous y voyons, en effet, une preuve de plus que les atomes et le vide étaient pour lui objets de raison, Xoyo) Gecopy^Ta, selon l'expression même d'Epicure * . Et le mot est à rapprocher de cette remarque de Sextus : (( Ils (Platon et Démocrite) n'ont, Tun et Fautre, tenu pour vrais que les intelligibles, zà voYiroi ^. »
Ces réflexions, enfin, ne sont-elles pas amplement confirmées par la nature même des propriétés des atomes et du vide. « Démocrite, dit Sextus ^, assure qu'il n'y a rien de sensible au fond de la réalité, et soutient que l'essence des atomes qui composent les êtres exclut toute qualité sensible (ttoccy^ç alaG-ziTy?; 7rot6r/;To; eprijxoy (pucjtv). » Et de fait, l'atome est éternel, imperméable, insécable, indestructible ; le nombre des atomes est infini ; le vide est également infini ; le
I. Stobée, Eclog. phys., p. i, t. II, p. 796, éd. Heer. a. Math., VIII. p. 459.