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attribue aux atomistes ces mots significatifs : obSev ^pyîfx* iioLvriU ytveTat, a)Xà Tuavra èx- À670U te xai Û7r'avaY>ty.ç. » La physionomie générale du système de Démocrite et les commentaires de l'antiquité nous assurent du caractère le plus rigoureusement déterministe de sa physique. Et enfin notons, dans ce déterminisme spécial, la marque de Tesprit géométrique qui ne se contente pas d'une raison de fait, d'une causalité concrète, à qui il ne suffit pas d'expliquer un phénomène par son antécédent, mais qui veut trouver pour toutes choses une loi générale qui les régisse, en donner une raison à la fois intelligible et nécessaire (Travia ex Xoyou rexai u^'avayxriç).

Il reste un côté de la philosophie de Démocrite auquel nous n'avons fait allusion qu'en passant et qui a son importance. La sensation n'est, à ses yeux, qu'un état du sujet. C'est là une nouveauté qu'il faut se garder de confondre avec les affirmations des Sophistes*. Protagoras lui-même, en déclarant que l'homme est la mesure de toutes choses, n'entendait nullement nier la valeur objective de la sensation : il pensait seulement qu'elle constitue la seule réalité connaissable, et, de sa variabilité infinie, il concluait à la relativité et par suite a l'impossibilité de la science. C'est bien autre chose que vient dire Démocrite. La

I. Cf. V. Brochard. Protagoras et Démocrite, Archiv. fur Cesçftichte der philosophie, t. U.

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sensation n'implique pas nécessairement la présence de l'objet perçu, elle est une certaine affection de celui qui perçoit. C'était, pour la première fois, affirmer la séparation possible de la pensée et de son objet. Protagoras, comme tous les Grecs avant lui, et comme après lui Platon, n'avait pas admis que ce qui n'est pas pût se penser. Démocrite, le premier, accepte la possibilité d'une pensée qui ne correspond pas à son objet. S'il prend cette attitude, ce n'est pas pour donner l'exemple d'un scepticisme nouveau. Bien au contraire, Protagoras avait nié la science précisément parce que la réalité objective de la sensation ne permettait pas à la connaissance de s'en écarter, et que, enfermée dans des limites aussi étroites, la science eût été variable et contradictoire comme la sensation elle-même. En se débarrassant de cette réalité encombrante, et brisant la chaîne où une positivité trop rigoureuse enserrait l'esprit et arrêtait son essor, en donnant le premier exemple d'une pensée qui se sépare de son objet immédiat et consent à spéculer sur des idées qui peuvent n'être à certains égards que des fictions, Démocrite ne songeait qu'a édifier plus solidement la science positive. C'est là sans doute dans l'antiquité un cas isolé qui risquera longtemps d'être imité par des sceptiques plus que par des savants ; mais il est intéressant pour nous que cet exemple vienne d'un géomètre. Nous avons entrevu, dans notre introduc-

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tion générale, la possibilité que Thabitude même de manier des conceptions de Tesprit dispose le mathématicien à séparer les idées de leurs objets et à les considérer en elles-mêmes ; et nous avons reconnu cependant qu'il fallait, pour en arriver là, une maturité d'esprit qui devait manquer aux penseurs grecs. Peut-être faut-il faire une exception pour Démocrite qui, deux mille ans avant Descartes, supprime toute réalité extérieure aux qualités sensibles de la matière. Platon a-t-il connu Démocrite ? Malgré quelques allusions où Ton peut songer à trouver des attaques contre les atomistes, il est difficile de rien affirmer. Jamais, en tous cas, Démocrite n'est nommé. L'antiquité a rapproché les deux noms quand il a été question de les opposer en même temps soit aux sceptiques, soit aux empiristes. Pour toute la partie de sa philosophie qui se marque par les tendances mécanistes, Platon peut encore être rapproché de Démocrite. Mais la pensée platonicienne sera plus riche et plus compréhensive que celle de l'atomiste et, par son aspect qualitatif, esthétique, finaliste, s'écartera absolument de l'atomisme d'Abdère.

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