LES ÉCRITS DE PLATON
nous sommes de fixer Tordre dans lequel se succédèrenl les dialogues, durant une période d'environ cinquanleans. Qu'on songe à la façon dont nous risquerions de juger Kant, si nous placions la Critique de la liaison pure au début de sa carrière et le trailé des Forces rives ou la Monadolofjie à la fin. 11 est vrai que si la philosophie de Platon est complexe, on n'aperçoit pourtant pas à la lecture des dialogues des différences tellement saisissantes quelles ne puissent souvent s'expliquer parles dillerences de points de vue, parla multiplicité d'aspects d'une pensée riche et compréhonsivc ; et le problème de la chronologie ne s'impose pas avec la même nécessité que pour Kanl. N'importe, personne ne contestera que, faute de le résoudre, nous manquons d'un élément d'information. Kn elle-même d'ailleurs, la question est faite pour exciter la curiosité et l'ingéniosité des critiques, et les recherches qu'elle a provoquées sont exlraordinairement nombreuses.
L'intérêt que nous y attacherons porte uniquement sur la place des dialogues dialectiques, où Zeller veut voir une œuvre de jeunesse, et où au contraire nous sentons une grande maturité : et avec les innombrables chercheurs, notamment Campbell et Lutoslawsky, qui sur ce point apportent des conclusions contraires à celle de Zeller, nous admetlrons que ces dialogues sont de la fin de la carrière de Platon.
Enfin la dernière difficulté, et de beaucoup la plus
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importante, pour quiconque veut connaître Platon par ses écrits, est de savoir jusqu'à quel point son langage est symbolique, mythique, comme disent les Allemands : jusqu'à quel point on doit s'éloigner de la lettre des écrits, quand on veut convenablement les interpréter. Que Platon a un penchant marqué pour les allégories et pour les mythes, cela n'est pas à prouver. Les mythes du Protagoras, du Phèdre, du (jorgias, et bien d'autres qui remplissent les dialogues sont un régal littéraire pour le lecteur qui y reconnaît sans peine la marque d'un grand poète. Faut-il n'y voir que des envolées de son imagination ? Assurément non. Platon lui-même nous laisse suffisamment entendre que ces fables ont à ses yeux une portée significative. Le récit de Protagoras, par exemple, est précédé des lignes que voici : (c Si tu peux nous démontrer clairement que la vertu est de nature à être enseignée, ne nous cache pas un si grand trésor, et fais-nous-en part, je t'en conjure. — Je ne te le cacherai pas non plus, reprit Protagoras, mais choisis : veux-tu que comme un vieillard qui parle à des jeunes gens, je te fasse cette démonstration par le moyen d'une fable, ou bien que j'emploie le raisonnement.^ — A ces mots la plupart de ceux qui étaient là assis s'écrièrent qu'il était le maître. — Puisque cela est, dit-il, je crois que la fable sera plus agréable '. »