LFS ÉCRITS DE PLATO IQI
tote qui reproche très sérieusement à Platon d'avoir fait naître le monde en lui laissant rétcrnitc future. Et voilà d'autre part, d'après le témoignage de Plutarque, les disciples immédiats de Platon, et principalement Xénocraie déclarant que dans la pensée du maître, Tâme du monde n'est pas née dans le temps. (C Elle a plusieurs facultés dans lesquelles Platon divise son essence pour aider la théorie, Oswpiaç ;(«'pty ; et c'est ainsi, disent-ils, qu'en paroles seulement, et non en réalité, il la suppose née et résultant d'un mélange ; et de même, d'après eux, Platon savait fort bien que le corps du monde est éternel et n'a jamais été engendré ; mais sachant par la pensée l'économie du monde et l'ordre qui y règne, si Ton ne supposait d'abord sa génération et le concours primitif des éléments générateurs, il comprit qu'il fallait suivre cette voie* ». Des exemples analogues abondent et en particulier les études de ïeichmuller et la thèse latine de M. Gouturat montreront aisément à qui voudra s'en rendre compte jusqu'où peut aller, chez des critiques intelligents et consciencieux, le droit qu'ils s'arrogent de chercher la pensée de Platon sous le symbole.
Faut-il s'effrayer outre mesure de la difficulté ? Peut-être, s'il s'agissait d'une investigation trop complète et trop minutieuse, si l'on se proposait de
I. Plut., De la naissance de l'âme, ch. m. — Fouillée, 1. X, ch. II.
[C)2 LES PIIÏLOSOPIIFS-GKO.MKTRES DP) LA GRKCE
Icmaiidcr a Platon ce qu'on n'ose même pas se deman- 1er à soi-même, une réponse précise à toutes les [uestions qui peuvent être posées sur le monde, sur la ie, sur Dieu, sur Tame... Ce n'est pas notre cas, nous oulons mettre en relief certains courants directeurs le la pensée platonicienne, plus encore que les concluions métaphysiques auxquelles elle aboutit. Mais si lous nous trouvons en présence de problèmes qu'il est mpossible d'éviter, la Connaissance, les Idées, l'Etre, . . . lous prendrons pour guide l'impression directe que lous produira la lecture des dialogues.
L'Enseignement oral.
Platon a enseigné à l'Académie ; personne ne le onteste. Mais qu'a-t-il enseigné? Les dialogues nous ionnent-ils, abstraction faite des difficultés d'interpréation, toule la substance des leçons orales, ou bien à ôté d'écrits destinés au grand public, était-il traité de [uestions plus savantes? On peut présenter à l'appui ie cette dernière thèse quelques arguments sérieux. Siul-il citer d'abord le passage du Phèdre où Platon, ►ar la bouche de Socrale, fait des réilexions curieuses ur le rôle des écrits du philosophe ? (( Celui qui conlaît ce qui est juste, beau et bon aura-t-il selon nous Qoins de sagesse dans l'emploi de ses semences que Je iboureur n'en montre dans l'emploi des siennes ? II l'ira donc pas sérieusement les déposer dans l'eau
l'enseignement oral igS
noire, les semant à l'aide d'une plume, avec des mots incapables de s'expliquer et de se défendre eux-mêmes, incapables d'enseigner suffisamment la vérité?... Non, mais s'il sème jamais dans les jardins de l'écriture, il ne le fera que pour s'amuser, et se faisant un trésor de souvenirs, et pour lui-même quand la vieillesse amènera l'oubli, et pour tous ceux qui suivent les mêmes traces \.. )) Ce passage si fréquemment cité oppose-t-il vraiment l'enseignement oral à l'enseignement écrit, ou bien, comme quelques-uns l'ont pensé, oppose-t-il surtout le discours continu au dialogue, le premier présentant ce caractère que les affirmations ne sont pas suffisamment défendues, puisqu'elles ne sont pas discutées, les seconds répondant à cette nécessité, grâce à la méthode dialectique qui permet de présenter et de réfuter toutes les objections ?.,, Il serait peut-être difficile de concilier le mépris que semblerait témoigner Platon pour toute espèce d'écrits, si l'on prenait ce passage à la lettre, et le nombre considérable de dialogues auxquels il a consacré un soin manifeste. — Mais, quoi qu'il en soit, nous pouvons faire appel à d'autres témoignages plus significatifs, A propos de l'opinion de Platon sur l'espace, Aristote invoque les (( Doctrines non écrites », àypacfa Joyfjtara^. Puis surtout, quand il discute les théories de son maître, et en