‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 51 sur 104 · LA TRADITION PLATONICIENNE I · texte numérisé non relu

LA TRADITION PLATONICIENNE I

riciens s'étaient contentés de dire que les êtres sont l'imitation des nombres ; Platon dit qu'ils sont la participation des idées, expression qui n'est qu'à lui et qu'il a inventée... Platon admet encore en dehors des choses sensibles et des idées, les êtres mathématiques... )) et plus loin: « c'est par le Grand et le Petit que les idées qui participçnt de l'Unité sont aussi les nombres^ »

D'une part donc c'est la théorie des Idées qu'Aristote voit surtout chez son maître, c'est elle qu'il place au cœur de la doctrine, c'est en elle que réside à ses yeux l'essentiel du platonisme ; et d'autre part l'Idée de Platon, sauf qu'elle reçoit une existence séparée, n'est guère autre chose que la définition de Socrate et que le nombre de Pythagore ; l'historique de la philosophie ancienne peut aller, sous la plume d'Aristote, presque sans discontinuité, de Thaïes à Platon.

Ainsi, à consulter les disciples immédiats, ceux qui continuent l'enseignement du maître, comme celui qui le combat, la pensée de Platon apparaît comme plus compréhensive sans doute que celle de ses prédécesseurs, mais ne s'en écartant que pour accentuer son attachement au nombre, à la notion définie, à l'essence logique et intelligible des choses.

Tout autre est le Platon judéo-chrétien, dont les

I. Met. A, 6 et 7, trad. Barth. Saint- Hilairc, t. 1, p. 58 et sq.

igS LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRÈCE

traits essentiels se fixent avec Philon. La tradition ancienne n*est pas complètement oubliée chez Philon et les réflexions abondent où domine le souci du nombre et de la mesure. Le nombre et les proportions géométriques jouent un grand rôle comme raison des lois des choses sensibles. Le quaternaire est le nombre par excellence ; la décade exprime la plénitude et Funiversalité de la création divine, etc.. Mais ce n'est pas là le plus important. L'essentiel de la doctrine est ce qui concerne Dieu, son rapport au monde, la création, Textase. Ce qui s'appelait chez Platon l'Idée du Bien, et était donné comme supérieur à l'Intelligence, devient avec Philon le Dieu supérieur à tout, au Vrai et au Bien. Il est celui qui est ; et il se cache dans les profondeurs impénétrables de son essence. Entre lui et le monde, il faut un médiateur, c'est le Verbe, le ^070;, tout à la fois lieu des Idées, comme semblait être le vovç de Platon, et principe de vie. En lui l'essence intelligible et la puissance sont unies. II. a d'ailleurs un double aspect: intérieur, iviîtaOeroç, il est tourné vers Dieu ; — Trpocfoptxo; proféré, il rappelle l'âme du monde dont le Timée décrit la naissance, il est le premier né, le premier archange, il va animer le monde, ce sera le TiveO/jta aytov, le souffle ou l'esprit saint. Dieu a créé le monde, en ce sens qu'il n'a pas seulement rendu visible ce qui existait déjà, mais qu'il a produit ce qui n'existait pas; il n'est pas seulenaent architecte de l'univers,

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Sri(iLo\jfybz, mais aussi fondateur, vjziavftç. Philon est bien près de la création ex nihilo, il semble n'en être séparé que par ce fait que Dieu, au lieu de faire sortir le monde du néant, le tire de lui-même, il l'engendre ; c'est le père, comme il est dit dans le Timée. A l'Amour enfin, tel que le présente Platon, se substitue la contemplation extatique.

Ces doctrines du penseur hébreu, transportées par Nemenius, pénètrent dans l'école grecque d'Alexandrie. Les Pères de l'Eglise, qui, au dire de Porphyre, vont écouter les leçons d'Ammonius Saccas, s'imprègnent également de la philosophie judéo-platonicienne, et en apportent l'écho dans leurs discussions théologiques qui aboutissent a la fixation du dogme de la Trinité. Plotin veut revenir à la tradition païenne ; c'est au fond pour développer et compléter avec l'extase, avec sa théorie de l'émanation, avec sa procession double de l'un aux choses et des choses à l'un, les éléments essentiels de la philosophie de Philon.

Entre ces deux aspects si différents du platonisme, lequel est le vrai.^ On peut se demander si Aristote a toujours compris les théories qu'il discute et jusqu'à quel point Speusippe et Xénocrate sont fidèles a la doctrine de leur maître. Mais quand il s'agit de l'interprétation postérieure, aucun doute n'est permis : un élément étranger s'introduit tout à coup. C'est d'une façon générale l'esprit mystique et religieux de l'Orient,

qui vient imprimer son cachet à la pensée platonicienne : et ce sont aussi quelques indications tirées des livres sacrés des Hébreux ou des Perses qui suggèrent évidemment une interprétation spéciale des théories de Platon. Telle est la cosmogonie de la Genèse, telle la doctrine de la Sagesse, que contiennent les livres hébreux, et où se trouve déjà l'idée du Verbe créateur, telle encore la doctrine du Verbe divin dans les livres religieux de la Perse*. Par conséquent, s'il nous arrive d'interroger la tradition platonicienne, nous aurons à retenir qu'elle s'est compliquée de très bonne heure d'un caractère religieux qui ne lui appartenait pas. Sous cette réserve, il est trop clair que nous ne devons exclure aucune source d'information, et tous ceux qui dans l'antiquité se sont réclamés de Platon peuvent nous aider dans l'étude de sa pensée. D'une part il ne saurait nous être indifférent de voir cette pensée se transformer si aisément en une sorte de mathématisme, dès qu'elle est interprétée par celui de tous les disciples que le maître a désigné lui-même pour lui succéder, par Speusippe, a qui il a confié la garde de sa doctrine et de ses écrits. Et d'autre part nous n'oublierons pas que c'est la philosophie de Platon qui par sa nature propre a pu revêtir dans l'esprit de quelques hommes le caractère mystique des croyances religieuses de l'Orient.

I. Cf. Fouillée, La phil. de Platon, 3*^ partie, 1. IV, cli. i. Voir aussi Vacherol, Hist. de l'Éc. d'Alexandrie,

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