‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 53 sur 104 · nep.^Wl, id · texte numérisé non relu

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Dans Tantiquité qui donc s'y est mépris et a pu considérer Platon comme un sceptique, si ce n'est les philosophes de la Nouvelle Académie : et quant à ceux-là, nous ne devons pas oublier que leur préoccupation était surtout de lutter contre le sensualisme des stoïciens, en matière de connaissance. Il était naturel que sur ce point ils en appelassent à Platon ; et peut-être la violence de la dispute explique-t-elle Fexagération où euxmêmes semblent s'être laissés entraîner dans leur scepticisme, qui pourtant sauvegardait jusqu'à un certain point les droits de la raison. Mais en les laissant de côté, n'est-il pas manifeste que les anciens ont commenté, suivi ou combattu chez Platon le métaphysicien dogmatique? Aristote, si souvent préoccupé d'accabler de ses coups la doctrine de son maître, ne se serait-il pas trompé de la façon la plus grossière, si ce qu'il avait pris ainsi au sérieux se fût réduit aux fantaisies d'un dilettante ?

Ce dogmatisme de Platon a-t-il de quoi nous frapper ? Après les Ioniens, dira-t-on peut-être, après Pythagore et ses disciples, après Parménide, Empédocle, Anaxagore, Démocrite, quoi d'étonnant de voir un penseur grec s'abandonner avec confiance à ce que lui dit sa raison .►^ — Mais qu'on y réfléchisse. Les efforts delà philosophie spéculative chez les Hellènes s'étaient jusqu'ici exercés aux colonies. Anaxagore seul était venu porter son enseignement à Athènes, et il avait payé de

la prison la hardiesse de sa pensée. D'ailleurs s'il est naturel qu'au temps de Platon toutes les doctrines nées à Milet, à Ephèse, à Agrigente, en Italie ou à Abdère, aient pénétré à Athènes, au cœur de la civilisation grecque, n'avaient-elles pas eu aussi pour effet d'accuser les tâtonnements et les contradictions de l'esprit humain? Au milieu des ruines amoncelées par l'opposition des systèmes, quelque chose subsiste, comme un écho persistant des disputes philosophiques : c'est l'affirmation qu'ont répétée Heraclite, Parménide, Démocrite, aux points les plus opposés du monde hellène, d'une répugnance marquée à l'égard du témoignage des sens. Les doctrines ne s'accordent que sur une négation. C'est pourquoi la sophistique n'a aucune peine à inventer ses arguments, et son succès est facile. On sait qu'il fut grand, servi d'ailleurs par de nombreuses causes politiques et morales. Or c'est au milieu de ce mouvement de réaction contre la science que grandit Platon et que se forma sa pensée. Si elle remonta tout droit aux clartés de la raison, aux vérités éternelles, qu'est-ce qui fut son soutien et son guide ?

Peut-on songer à ses croyances religieuses ? Une foi religieuse ardente et profonde, quand elle n'entraîne pas avec elle le mépris de la raison, peut évidemment devenir un rempart solide contre le scepticisme universel. Mais pour Platon la question ne se pose même pas. Qui ne sent chez lui un détachement complet de la religion où

il a été élevé ? Quand il parle des dieux de la Grèce, tout le monde est d'accord pour reconnaître la forme extérieure dont il juge convenable de revêtir ses idées philosophiques. Il lui arrive même alors de donner a son langage une ironie significative. Dans le Timée, par exemple, après qu'il a été question de la création des astres qui brillent au ciel, on lit : « Quant à Torigine des autres divinités, il est au-dessus de nous de la dire et de la connaître ; mais il faut en croire ceux qui en ont parlé autrefois, qui étaient, disaient-ils, des descendants des dieux, et qui sans doute connaissaient bien leurs ancêtres : on ne peut donc refuser d'ajouter foi aux enfants des dieux, quoique leur récit ne s'appuie pas sur des preuves vraisemblables et convaincantes ; mais puisqu'ils disent que c'est l'histoire de leur famille, nous devons les en croire suivant l'usage. Voici la généalogie de ces dieux, d'après leur témoignage, auquel nous nous conformons. La terre et le ciel engendrèrent l'Océan et Thétys, etc*... » Platon n'est certainement pas un croyant, au sens propre du mot. Sans doute on peut parler du sentiment religieux dont sa philosophie est souvent pénétrée, mais à la condition d'entendre par là ce sens du divin, de l'au delà, cette soif d'idéal, cette aspiration vers une perfection inaccessible de beauté, de vérité et de justice, qui n'exigent l'adhé-

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