‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 54 sur 104 · I. Timée, 4o, d, e, Irad. Martin · texte numérisé non relu

I. Timée, 4o, d, e, Irad. Martin

sion formelle à aucun dogme déterminé. Il ne s'agit plus alors à proprement parler de foi religieuse. C'est la pensée philosophique libre, indépendante de toute attache, qui l'entraîne ; la question se pose de nouveau de savoir sur quoi se fonde son allure si naturellement dogmatique, et à cette question il faut chercher ailleurs une réponse.

Il y en a une toute prête, et que le lecteur nous a déjà reproché peut-être d'avoir laissée de côté : Platon n'a-t-il pas profité jusqu'à l'âge de la maturité de l'enseignement socratique ? La formation de la philosophie platonicienne à la fin du v^ siècle, l'éclosion de ce dogmatisme rationnel, en réaction contre le mouvement grandissant de la sophistique athénienne, ne s'expliquent-elles donc pas simplement par l'influence de Socrate ? — Nous ne le croyons pas.

Depuis que Zeller, s'appuyant sur une page bien connue de la Métaphysique, a voulu voir dans Socrate le fondateur de la philosophie du concept, c'est une des interprétations le plus fréquemment adoptées de son rôle dans l'histoire des idées. Aux sophistes dont la dialectique s'attachait à ruiner toute connaissance, il aurait répondu en donnant une base nouvelle et définitive à la Science dans ce fameux principe : il n'y a de science que du général. Les choses étant ainsi présentées, Socrate apparaît comme le rénovateur de la science. C'est par ses efforts, sans attendre ceux

DOGMATISME SOQ

de Platon, que la sophistique aurait été vaincue. M. Boutroux, dans son étude si lumineuse du caractère de la philosophie de Socrate * , a clairement montré à quel danger on s'expose en prenant pour base telle page de Platon ou d'Aristote, que Ton juge- fondamentale suivant ses propres tendances ; et, en rendant aux mémoires de Xénophon toute leur importance historique, sans sacrifier aucune indication d'Aristote et de Platon, il a pu reconstituer une figure de Socrate plus complexe, mais certainement plus vraie que celles qui ont été présentées jusqu'ici. Le penseur qui s'offre à nous n'est pas simplement le philosophe avide d'édifier la connaissance sur des fondements nouveaux; ce n'est pas l'adversaire des sophistes désireux d'élever l'idée de la science assez haut pour qu'elle reste désormais à l'abri de leurs attaques ; c'est d'abord un homme pénétré des difficultés de la science de l'univers, de l'audace impie des physiciens et des mathématiciens qui s'appliquent à des mystères insondables, des contradictions des systèmes philosophiques antérieurs, et qui conseille modestement à ses concitoyens de rentrer en eux-mêmes et de ne se préoccuper que des problèmes moraux de la vie courante. (( Il ne discourait point, dit Xénophon, comme la plupart des autres philosophes, sur la nature de l'univers, recherchant l'o-

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