I. Études d'Histoire de la Philosophie, Alcan
G. MiLHAUD. — Philosophes-Géomètres. i4
âlO LC8 PHILOSOPHES-GÉOlfÊTRES DE LA GRÈCE
rigine, ou à quelles lois fatales obéissent les phénomènes célestes ; il prouvait même la foKe de ceux qui se livrent à de pareilles spéculations. Et d'abord il examinait s'ils croyaient avoir assez approfondi les choses humaines, pour aller s'occuper de semblables matières, ou bien si, négligeant ce qui est du domaine de l'homme pour aborder ce qui appartient aux dieux, ils s'imaginaient agir d'une façon convenable. Il s'étonnait qu'ils ne vissent pas clairement que ces secrets sont impénétrables à l'homme, puisque ceux mêmes qui se piquent d'en parler le mieux sont loin d'être d'accord les uns avec les autres, mais se regardent mutuellement comme des fous... Parmi ceux qui se préoccupent de la nature de l'univers, ceux-ci affirment l'unité de l'Etre, ceux-là sa multiplicité infinie. Les uns croient au mouvement perpétuel des corps, les autres à leur inertie absolue. Ici l'on prétend que tout naît et meurt, là que rien n'a été engendré et que rien ne doit périr. Il se demandait encore si, de même qu'en étudiant ce qui concerne l'homme, on se propose de faire tourner cette étude à son profit et à celui des autres, ceux qui étudient ce qui concerne les dieux s'imaginent, une fois instruits des lois fatales du monde, pouvoir faire à leur gré les vents, la pluie, les saisons et tout ce dont ils auront besoin en ce genre, ou bien si, sans espérer rien de tel, il leur suffit de savoir comment se produit chacun de ces phénomènes. Voilà ce qu'il disait de ceux qui
s'ingèrent dans ces sortes de recherches ; mais lui, il discourait sans cesse de ce qui est de Thomme, examinant ce qui est pieux ou impie, ce qui est beau ou honteux, ce qui est juste ou injuste; ce que c'est que la sagesse ou la folie, la valeur ou la lâcheté ^.. » Ailleurs Xénophon dit encore : « En général il empêchait de se préoccuper outre mesure des corps célestes et des lois suivant lesquelles la divinité les dirige. Il pensait que ces secrets sont impénétrables aux hommes, et qu'on déplairait aux dieux en voulant sonder les mystères qu'ils n'ont pas voulu nous révéler : il disait qu'on courait le risque de perdre la raison en s'enfonçant dans ces spéculations , comme l'avait perdue Anaxagore avec ses grands raisonnements pour expliquer les mécanismes des dieux ^... » Ainsi donc la connaissance de l'univers est interdite à l'homme. Quand Socrate le détourne de la nature et lui demande de s'étudier lui-même, ce n'est pas là seulement un conseil provisoire, comme on l'a dit si souvent; cela ne signifie pas : connais-toi toi-même d'abord, puis tu t'attaqueras à l'univers, mais bien : prends seulement les choses humaines comme objet de ta science, et renonce irrévocablement aux mystères insondables du monde physique. Poursuivre les recherches des philo-
1. Xénoph., Mémoires, — 1. I, ch. i, trad. Talbot (à quelques mots près).