Xén.^ Mém.y 1. IV, ch. vu, trad. Talbot
âlâ LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRÈCE
sophes antérieurs est à la fois une folie et une offense aux dieux. Le scepticisme de Socrate prend une forme religieuse que nous connaissons bien pour l'avoir vu se manifester toutes les fois que l'esprit théocratique a essayé d'étouffer la pensée, et qui se résume en un mot : la science est un sacrilège. Que nous sommes loin de Platon pour qui le savant, au contraire, est le plus près de la divinité, et pour qui la culture des sciences est l'acheminement le plus direct vers la contemplation de l'unité suprême.
Au reste cette idée même de la contemplation d'une beauté et d'une vérité éternelles n'eût pas été comprise de Socrate. Ses préoccupations ont toujours un caractère essentiellement pratique. « Il montrait, dit Xénophon, jusqu'à quel point un homme bien élevé doit se rendre utile dans chaque science : ainsi il disait qu'il fallait apprendre la géométrie jusqu'à ce qu'on fût capable de mesurer exactement, au besoin, une terre que l'on veut acheter, vendre, diviser ou labourer; et, selon lui, c'est une chose si. facile à apprendre, que, peur peu qu'on s'applique à l'arpentage, on connaît bien vite et la grandeur de la terre et la manière de la mesurer. Mais qu'on poussât l'étude de la géométrie jusqu'aux problèmes les plus difficiles, c'est ce qu'il désapprouvait : il disait qu'il n'en voyait point l'utihte. Ce n'est pas qu'il les ignorât lui-même ; mais il prétendait que la recherche de ces problèmes est faite pour
consumer la vie de rhomme, et le détourner d'une foule d'autres études utiles. Il recommandait d'apprendre assez d'astrologie pour reconnaître les divisions de la nuit, du mois et de Tannée, en cas de voyage, de navigation ou de garde, et afin d'avoir des points de repère pour tout ce qui se fait dans la nuit, dans le mois ou dans l'année, grâce à la connaissance du temps affecté à ces divisions ; il ajoutait qu'il était facile d'apprendre ces points auprès des chasseurs de nuit, des pilotes, de tous les gens enfin qui ont intérêt à les savoir. Quant à l'astronomie et aux recherches qui concernent les globes placés en dehors de la rotation de notre ciel, à savoir les astres errants et sans règle, leur distance de la terre, leurs révolutions et les causes de leur formation, il en dissuadait fortement, disant qu'il n'y voyait aucune utilité*. )) Socrate ne sépare pas l'idée d'une connaissance quelconque de celle de son utilité. Quelle fiction est celle de Platon quand, dans la République, il met dans la bouche même de Socrate ces paroles d'une ironie si mordante à l'égard de toute conception utilitaire des sciences : (( Il conviendrait de faire une loi et de persuader en même temps ceux qui sont destinés à remplir les premières charges de l'état. de se livrer à la science du calcul, non pas pour en faire une étude superficielle, mais pour s'élever, par le moyen de la