I. Théétète, p. 200, c, d. Irad, Cousin
défaut de toute autre remarque, la suite du dialogue est décisive. D'une part elle montre par le retour pur et simple à la JoHa aXr.Oyiçque cette définition de la science n'a nullement été rejetée; d'autre part, et c'est là surtout ce qui nous intéresse, Platon dit enfin pourquoi il faut renoncer à voir la science dans le jugement vrai. (( Gomment donc définira-t-on de nouveau la science.^ Car sans doute nous ne renoncerons pas encore a la chercher... Dis-moi de quelle manière nous la définirons, sans nous mettre dans le cas de nous contredire. — Comme nous avons déjà essayé de le faire, Socrate, car il ne se présente rien autre chose à mon esprit. — Que veux-tu dire.^ — Que le jugement vrai est la science. Le jugement vrai* n'est sujet à aucune erreur, et tous les effets qui en résultent sont beaux et bons. — Celui qui sert de guide dans le passage d'une rivière, Théétète, dit que l'eau fera bien voir elle-même combien elle est profonde. De même si nous entrons plus avant dans cette recherche, peut-être que les obstacles qui se présenteront nous découvriront ce que nous voulons savoir; au lieu que, si nous en restons là, rien ne pourra s'éclaircir... La chose ne demande pas un long examen. Un art tout entier prouve déjà que la science n'est pas là. — Comment.^ et quel est cet art.^ — L'art des hommes les plus renommés pour leurs lumières, ceux qu'on appelle orateurs et gens de lois. En effet, tout leur talent
consiste à persuader, non par voie d'enseignement, mais en inspirant à leurs auditeurs le jugement qui leur convient. Ou bien penses-tu qu'ils soient des maîtres assez habiles. pour pouvoir, tandis qu'un peu d'eau s'écoule, instruire suffisamment de la vérité de certains faits des hommes qui n'y étaient pas présents, soit qu'il s'agisse d'un vol d'argent ou de quelque autre violence? — Nullement, je crois qu'ils ne peuvent que /persuader. — ... N'est-il pas vrai que quand des juges ont une persuasion bien fondée sur des faits qu'on ne peut savoir, à moins de les avoir vus, alors, estimant ces faits sur le rapport d'autrui, ils en portent un jugement vrai sans science, ayant eu bien raison de s'être laissé persuader, puisque leur sentence a été ce qu'elle devait être.^... Si le jugement vrai et la science étaient la même chose, le meilleur tribunal pourrait-il jamais porter un jugement juste, étant dépourvu de science ? Il semble donc qu'il y a une différence entre la science et le jugement vrai* ». Ces lignes sont assez claires par elles-mêmes. Ce n'est pas du tout l'impossibilité d'expliquer l'erreur qui fait rejeter la dernière définition proposée pour la science, ce n'est pas le caractère trop absolu de la doioc, c'est au contraire son manque de rigueur. Elle a beau être vraie (car il ne s'agit que de celle-là), elle ne se présente pas à nous avec une suffi-