I. République , p. 5io et 5ii, trad. Cousin
IDEALISME a 43
C/est d'abord Platon lui-même qui nous fait sentir cette unité par la façon dont il oppose le monde de l'intelligible à celui de la (îo^a, dans un parallèle bien connu. (( Lorsque les yeux se tournent vers des objets qui ne sont pas éclairés par le soleil, mais par les astres de la nuit, ils ont peine à les discerner ; ils semblent jusqu'à un certain point atteints de cécité, comme s'ils perdaient la netteté de leur vue... Mais quand ils regardent des objets éclairés par le soleil, ils les voient distinctement et montrent la faculté de voir dont ils sont doués... Comprends que la même chose se passe à l'égard de l'âme. Quand elle fixe ses regards sur ce qui est éclairé par la vérité et par l'être, elle comprend et connaît ; elle montre qu'elle est douée d'intelligence. Mais lorsqu'elle tourne son regard vers ce qui est mêlé d'obscurité, sur ce qui naît et périt, sa vue se trouble et s'obscurcit, elle n'a plus que des opinions, et passe sans cesse de l'une à l'autre ; on dirait qu'elle est sans intelligence... Tiens donc pour certain que ce qui répand sur les objets de la connaissance la lumière de la vérité, ce qui donne à l'âme qui connaît la faculté de connaître, c'est l'idée du bien. Considère cette idée comme le principe de la science et de la vérité en tant qu'elles tombent sous la connaissance. . . Conçois donc qu'ils sont deux, le bien et le soleil ; l'un est roi du monde intelligible, l'autre du monde visible... Voilà donc deux espèces d'êtres, les uns visibles, les autres
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intelligibles*. » L'allégorie de la caverne oppose de même le monde intelligible au monde sensible, comme à Tombre et à la nuit s'oppose la lumière éclatante du jour. Dans ces pages célèbres la séparation est nettement marquée entre deux domaines seulement, celui de la JoHa et celui du voOç. Au reste les termes de Jtavota et de vo'/i^ic ne sont presque jamais employés par Platon dans des sens spéciaux. Le premier désigne le plus ordinairement la pensée, dans sa signification générale, et parfois dans son rôle le plus élevé ^
Mais il suffit de se reporter au passage même où la distinction est marquée pour juger qu'elle n'est pas aussi profonde qu'on pourrait croire. De part et d'autre l'âme fait des hypothèses. Par la êicUvoioL elle n'en discute pas la valeur, tandis que par la vor^cyt; elle les rattache à un principe qui leur sert de fondement. De part et d'autre l'âme s'attache à saisir des idées pures dégagées autant que possible de tout élément matériel. Par la Jtai/ota, la pensée se sert, comme auxiliaires, de signes, de symboles visibles; mais si elle semble raisonner sur eux, ce n'est qu'une apparence ; la solidité, la clarté, la rigueur du raisonnement viennent non point de ces symboles visibles, mais de ce que l'âme contemple avec les yeux de l'esprit.