I. Id., p. 5o8 et ôog. Cousin, lo, p
3. Dans le Phédon, par exemple, 66, a : aôiT) xaS'aOtrjv siXixptvsï t^ Btavoia )(^poS{xsvo; auto xaÔ'aGxo eiX'xpivs; exaaTOv 67cr/eipoî OTjpstieiv TGîy ovTwv. Cf. P. Janet, op. cit., p. 187.
La v6'/ifft; correspond à Tétat idéal où les signes visibles ne sont pas nécessaires. Enfin de part et d'autre on raisonne, on forme des suites de propositions se rattachant étroitement les unes aux autres. Par la Jtavota on descend tout de suite des hypothèses établies par une chaîne de déductions jusqu'aux conclusions à démontrer ; par la vo/icyt; on suit d'abord une marche inverse en remontant de l'hypothèse au principe, avant de redescendre de ce principe lui-même à la dernière conclusion, mais, même dans la première partie de ce mouvement, ce qui caractérise la méthode c'est qu'on relie les unes aux autres une série d'idées de façon à former une chaîne ininterrompue, à laquelle ne manque aucun chaînon intermédiaire.
Pour résumer, en ce qu'ils ont d'essentiel, les traits communs aux deux modes de connaissance où Platon reconnaît enfin la science, nous pouvons dire que ce qui les caractérise surtout, c'est d'une part l'intelligibilité qui s'accompagne de rigueur et de nécessité logique, et d'autre part c'est l'initiative créatrice de l'âme. La science fondée sur la SôSa manquait absolument de l'une et de l'autre.
Elle était akoyoz, comme dit Platon, et le restait malgré tous les efforts que l'on tentait pour associer quelque Xoyoç à la Soça. Les jugements qui s'énonçaient en son nom étaient produits par la persuasion , par l'expérience, ou par la routine ; ils ne présentaient aucun caractère
logique qui en fît comprendre la raison, qui les justifiât aux yeux de F intelligence, qui en assurât la rigueur, la nécessité, et c'est bien là, nous l'avons vu, un des motifs qui empêchaient Platon d'y reconnaître la vraie science. Maintenant qu'il Ta trouvée^ l'intelligibilité, la clarté de compréhension, la rigueur démonstrative, sont les premiers caractères qu'il signale, et si la distinction des deux domaines, celui de la (îtavota et celui delavr/;(jt;pouvaità cet égard faire illusion, remarquons la faciUté avec laquelle le premier acquiert l'intelligibilité complète, aussitôt qu'au lieu de déduire seulement ses conclusions des hypothèses, on les fait remonter au principe (voO ova ï^ysiu Trept ccvzi $o7.ovai aot, y.atrot vot^twv ovTWv iitrà oipyrjç).
D'autre part la science qui dans le Théétète essayait de se construire par une élaboration plus ou moins complexe des données des sens ne cessait pas, si loin qu'on poussât les efforts, de garder un caractère d'étroite passivité. C'est bien l'âme elle-même qui examinait, par une réflexion sur elle, les résidus des sensations, qui les comparait, qui notait leurs qualités communes, qui les classait, les rapprochait, les distinguait, et qui, pour formuler ses jugements, les dégageait de ce travail d'ensemble. On peut reconnaître dans cette élaboration une certaine activité de la pensée, mais une activité fort restreinte, qui se borne à tirer le meilleur parti possible d'éléments qui s'imposent ; l'âme subit le con»
tact de ces éléments et ne peut s'en dégager ; toute son action et tout son mouvement aboutissent à la mettre dans telle ou telle attitude en face des objets qu'elle trouve devant elle ; elle ne peut songer à les modifier en quoi que ce soit, ni à plus forte raison à en créer de nouveaux : ses efforts ont ce résultat qu'elle voit mieux, mais elle reste étroitement enserrée dans un monde qui lui demeure étranger et la domine. Pas de liberté, pas d'élan possible au delà de certaines bornes restreintes; point de véritable initiative, point d'essor, point d'envolée. — Au contraire que fait l'âme par la Jtavota et la yTr^aiz ? Avant tout elle établit des hypothèses ; en d'autres termes elle crée des conceptions, elle s'élance vers des formes nouvelles, vers des éléments nouveaux de pensée. Elle ne les tire pas purement et simplement des objets qu'elle a devant elle : ils ne sont que l'occasion qui suggère la démarche de l'âme, le bond qu'elle fait d'elle-même, allant droit à l'hypothèse. Que celle-ci se présente sous la forme de définition, d'axiome, de demande, de postulat, c'est en tous cas une anticipation, un élan spontané de l'âme vers la vérité.
Rigueur logique et libre activité de la pensée : voilà donc ce qui caractérise essentiellement aux yeux de Platon la connaissance vraiment scientifique. L'une et l'autre sont devenues possibles dès qu'on a franchi les bornes du monde matériel pour pénétrer dans celui de l'idée pure. Maïs n'y a-t-il pas dans cette science qui
séduit Platon de quoi nous confondre ? Comment comprendre cet élan spontané de Tâme vers la vérité? D'où viennent ces hypothèses qu'elle énonce, qui lui servent de principes de démonstration, et qu'elle peut ensuite justifier complètement à la lumière de l'idée du bien ? Quelle force la guide, quelle puissance la pousse toujours plus haut vers les vérités éternelles ? Comment comprendre ce double miracle que dans son essor elle vole vers elles, et que les rencontrant elle les reconnaisse ? — A ces questions semblent répondre les théories platoniciennes de la réminiscence et de l'amour.
(( Apprendre n'est que se ressouvenir. Si ce principe est vrai, il faut de toute nécessité que nous ayons appris dans un autre temps les choses dons nous nous ressouvenons dans celui-ci ; et cela est impossible si notre âme n'existe pas avant que de venir sous cette forme humaine. C'est une nouvelle preuve que notre âme est immortelle. — Mais, Cébès, dit Simmias, quelles démonstrations a-t-on de ce principe ? Rappelleles moi, car je ne m'en souviens pas présentement. — Je ne t'en dirai qu'une, mais très belle, répondit Cébès : c'est que tous les hommes, s'ils sont bien interrogés, trouvent tout d'eux-mêmes ; ce qu'ils ne feraient jamais s'ils ne possédaient déjà une certaine science et de véritables lumières ; on n'a qu'à les mettre dans les figures de géométrie et dans d'autres choses de
cette nature ; on ne peut alors s'empêcher de reconnaître qu'il en est ainsi *... » Le Menon réalise cette expérience: un esclave, le premier venu d'ailleurs énonce peu à peu une série de vérités géométriques sous la simple suggestion des questions de Socrate. L'âme, dans une vie antérieure, a pu voir les essences éternelles, les vérités immuables, les idées pures, la beauté parfaite. Un récit du Phèdre nous montre les âmes des mortels suivant les dieux célestes et parvenant à contempler avec plus ou moins d'aisance, dans le lieu qui est audessus du ciel, l'essence véritable, et, autour d'elle, la vraie science, la justice, la sagesse. « C'est une loi d'Adrastée que toute âme qui, compagne fidèle des âmes divines, a pu voir quelqu'une des essences, soit exempte de souffrance jusqu'à un nouveau voyage, et que si elle parvient toujours à suivre les dieux, elle n'éprouve jamais aucun mal... L'âme qui n'aurait jamais contemplé la vérité ne pourrait en aucun temps revêtir la forme humaine. En effet, le propre de l'homme est de comprendre le général, c'est-à-dire ce qui, dans la diversité des sensations, peut être compris sous une unité rationnelle. Or c'est là le ressouvenir de ce que notre âme a vu, dans son voyage à la suite de Dieu, lorsque, dédaignant ce que nous appelons improprement des êtres, elle élevait ses regards vers