‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 65 sur 104 · Phédon, 72, 78. Cousin, i, p · texte numérisé non relu

Phédon, 72, 78. Cousin, i, p

25o LES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRÈCE

le seul être véritable. Aussi est-il juste que la pensée du philosophe ait seule des ailes * . . . »

La contemplation d'autrefois ne nous vaut pas seulement le ressouvenir, il en reste dans Tâme du sage Tardent désir de s'élever de nouveau vers la beauté jadis entrevue. « L'homme, en apercevant la beauté sur la terre, se ressouvient de la beauté véritable, prend des ailes et brûle de s'envoler vers elle... De tous les genres de déUre, celui-là est, selon moi, le meilleur, soit dans ses causes, soit dans ses effets, pour celui qui le possède et pour celui à qui il se communique ; or, celui qui ressent ce délire et se passionne pour le beau, celui-là est désigné sous le nom d'amant. En effet, nous avons dit que toute âme humaine doit avoir contemplé les essences, puisque, sans cette condition, aucune âme ne peut passer dans le corps d'un homme. . . Mais quelques-unes seulement conservent des souvenirs assez distincts ; celles-ci, lorsqu'elles aperçoivent quelque image des choses d'en haut, sont transportées hors d'elles-mêmes et ne peuvent plus se contenir; mais elles ignorent la cause de leur émotion, parce qu'elles ne remarquent pas assez bien ce qui se passe en elles... Celui qui est tout plein des nombreuses merveilles qu'il a vues, en présence d'un visage presque céleste ou d'un corps dont les formes lui rappellent les

a. Phèdre, p. aAg. Cousin, 6, 53 et 55,

formes de la beauté, frémit d*abord ; quelque chose de ses anciennes émotions lui revient ; puis il contemple cet objet aimable et le révère à l'égal d'un dieu ; et s'il ne craignait de voir traiter son enthousiasme de folie, il sacrifierait à son bien-aimé comme à l'image d'un dieu, comme à un dieu même. » C'est là l'amour, ou plutôt les premiers effets de l'amour. Dès que le ressouvenir de la beauté contemplée jadis est entré dans l'âme, celle-ci ne s'arrête pas aux premières émotions ; elle s'élance, portée par les ailes du dieu epwç, à la poursuite d'une beauté de plus en plus parfaite. De la beauté des corps, elle passe à celle des actions humaines, et de là à celle de l'intelligence, « où elle contemplera la beauté des sciences ; ainsi arrivée à une vue plus étendue de la beauté..., tout entière à ce spectacle, elle enfante avec une inépuisable fécondité les pensées et les discours les plus magnifiques et les plus sublimes de la philosophie *. . . »

Ces théories sont évidemment dans un rapport direct avec la conception que Platon se fait de la science. La réminiscence explique la reconnaissance intuitive par le voûç des vérités qu'il proclame, et l'amour est cette mystérieuse puissance qui pousse l'âme toujours plus haut dans l'enfantement de la science. Mais on peut se demander ce qui est premier dans Tesprit de Platon.

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