CHAPITRE III
IDÉALISME (suite)
L'objet de la Science, ce qui est véritablement, c'est le monde des Idées.
Qu'est-ce que l'Idée?
A en croire Aristote, ce serait un nom nouveau donné à la définition socratique, et en somme une abstraction, sauf que Platon l'aurait réalisée en dehors des choses. Certains passages des dialogues semblent à première vue justifier cette interprétation. Ne dirait-on pas fréquemment que l'Idée se présente à nous comme le résultat d'une opération logique qui consiste à faire entrer dans une notion générale tels caractères communs à une multitude ?
On peut remarquer toutefois que si le plus souvent Platon s'exprime de façon assez vague pour ne pas indiquer clairement d'oii vient l'idée, comment l'esprit y est parvenu, il a par moments un langage significatif .
I. Bép., 596, A ; Phèdre, 265 ; Polit., a85, b; Sophiste, a53, e. G. MiLHAUD. — Philosophes-Géomètres. 17
Dans le X** livre de la République, par exemple, pour caractériser sa méthode, il parle de poser une idée (rfledO^rt) ; le mot se trouve ailleurs : au VI** livre de la République, j/t'îzv tJéav Ticpt iravro; 9e(xévojç...: dans le Philèbe, ct.v 'A.7.i:i [jAy.v tSsav riGevre;... C'est la une expression qui ne vient pas au hasard. L'opération qu'elle désigne rappelle de très près ces hypothèses (uTToôecetç) dont il a été question à propos de la Jtàvota et de la vàr^Gtc. Poser une idée à l'occasion d'une multitude donnée, ce n'est pas la tirer de cette multitude. « La généralisation n'est pas une méthode hypothétique, dit très bien PaulJanet, mais expérimentale. Elle ne pose pas l'idée, elle la découvre et la fait sortir de l'examen et du triage des caractères individuels et communs \ » Et puis à quoi bon les grandes théories métaphysiques de la réminiscence et de l'amour, même en ne leur laissant qu'une valeur didactique et symbolique, si l'idée se trouvait tout naturellement dans les choses sensibles et s'en dégageait d'elle-même, et s'il suffisait de quelque attention pour la découvrir directement donnée dans le monde qui est sous nos yeux ? A quoi bon aussi les efforts de Platon dans le Théétète, et la patiente fermeté avec laquelle il s'est refusé à reconnaître la science dans les opérations logiques les plus variées tant qu'on n'a pas perdu le contact des choses sensibles, s'il fallait