‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 69 sur 104 · I. Rep., 523. Cousin, t. X, p · texte numérisé non relu

I. Rep., 523. Cousin, t. X, p

toute diflérente. Tandis que tout ce qui nous frappe dans les objets de la perception est relatif, inachevé, susceptible de croître ou de diminuer, mélangé d'impuretés, ridée se présente à nous comme le type de Tabsolu, de Tachevé, du pur, du parfait. Si bien que, loin d'être un extrait des sensations et de n'en donner que comme une image affaiblie, comme un souvenir qui resterait de perceptions diverses, l'idée platonicienne apparaît comme un modèle de pureté et d'achèvement absolu, dont les images sensibles n'étaient que des imitations lointaines et grossières.

Est-ce imitation seulement qu'il faut dire? Ce mot éveille l'idée de deux choses dont l'une est à la ressemblance de l'autre, mais qui existent indépendamment l'une de l'autre. Or ici il y a plus : l'idée est la raison d'être des choses qui la rappellent. Si Phédon est beau, ce n'est pas Phédon qui en est la cause, mais l'idée de beauté à laquelle il participe. S'il y a des objets égaux, la raison en est dans l'idée de l'égal qui s'y trouve répandue. A ce titre l'idée est principe d'essence, d'existence; elle est source d'être. Nous avons vu dans le Théétète le caractère éminemment mobile et fuyant de la sensation : rien n'y est déterminé, rien n'y est précis, exact ; on ne peut dire de rien qu'il est, car, pour parler ainsi, il faut au moins pouvoir saisir par la pensée et par le langage quelque chose qui soit rigoureusement délimité et ne s'échappe pas dans une variation con-

tinue. Or c'est Tidée qui apportera la précision, la rigueur, la détermination, et c'est ainsi par elle, dans la mesure où elles s'y rapportent, que les choses sensibles ont au moins une apparence de réalité.

De ces remarques, où nous avons voulu rappeler les caractères bien connus de l'idée platonicienne, résulte assez clairement la. distance très grande où elle est de ridée générale. Peut-être cependant serait-on en droit de dire que Platon a plutôt indiqué ses propriétés qu'il n'a justifié son existence, en tant que radicalement distincte de l'élément logique obtenu par simple réflexion sur les données des sens ; et Aristote serait fondé à déclarer qu'en eflet l'idée platonicienne a toutes sortes de propriétés que ne possède point l'idée générale ordinaire, mais que c'est précisément en cela qu'elle est incompréhensible ; et peut-être, à s'en tenir au texte même des dialogues, aurait-on plus de peine qu'il ne semble à réfuter les objections d'Aristote. Après tout, nous trouvons chez Platon l'affirmation de sa foi aux idées telles qu'il les conçoit, bien plutôt qu'une démonstration de leur existence. « Je ne vois rien de si évident que l'existence au plus haut degré possible du beau, du bon et de toutes les autres choses de ce genre ; elle m'est suffisamment démontrée (xajuioi ye Jo/etUavwc «TroJe- Stïyfiociy. )) Eh bien, nous en sommes convaincu, l'argu-

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