‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 73 sur 104 · I. Revue des Cours et Conf., 1897, p · texte numérisé non relu

I. Revue des Cours et Conf., 1897, p

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ainsi par exemple, qu'au début du second livre du de anima, quand il se propose de définir Tâme, il parle des différents aspects de Vo^W^x, comme matière et comme forme*. Aussi sa critique contre Platon ne porte-t-elle pas précisément sur ce que les idées seraient des o'jrjtat. puisque à ses yeux la [lofor, et Ve7Joc en sont également, mais sur la séparation de l'idée et de la chose pour laquelle elle est principe d'essence et de détermination. [/x>7 )ca9''J7rox6ia€vou, — rwv tlStby oOata rtç £/.5tarGV eoTt *^«l oWsv AOLzi cufxoe?r,y-ôç...J.

Quant à Platon, la lecture des dialogues nous fait aisément constater que l'ovata exprime toutes les nuances de l'être depuis celle d'une essence absolue jusqu'à la notion la plus vague et la plus générale de l'existence. Qu'on mesure par exemple la distance qui sépare la substance indivisible et toujours la même dont est faite l'âme du monde — (jyj^ ajjLepiorou x^yi aei y^yxi lavra e/o^iaxc oWaç), — de l'ouaia dont il est question dans le ïhéétète comme d'une qualité quelconque que l'âme affirmera des choses en les examinant par elle-même ^ C'est ici l'être dans le sens le plus général, par lequel seulement il s'oppose au non-être (ouoïV./ Xf/etç y.yX xo fiY) efvat... TTorepcov oùv xihr,ç xy,v ovatav ; tovto yàp ixc0a6tc(. ém Tràvicov

I. 11 en ajoute même un Iroisième, celui qui résulte des deux autres. xauTT); 8c — (tt); oùîiaç) — to [xàv oj; uXir^y, xaÔ'auTO (jlsv oux ean toÔe X'., STgpov 8s [jLOpçfjV xaî sTSo;, xaO'r,v rfi-q Xs^exai toôs ti, xai xp^TOv tq ex TOUTojv (B, I, 4i2, a).

),. Théét. p. i85.

Tzocohizoti..,) Il ne semble donc vraiment pas que le lan^ gage de Platon nous oblige à placer dans ToOejea quelque mystérieuse qualité métaphysique qui soit incompatible avec les essences que contemple le mathématicien .

De plus il est possible de noter les caractères qui à ses yeux définissent de mieux en mieux la nature de l'être. Tout d'abord, à travers toutes les variations du sens précis de Vovaiy., quelque chose subsiste, quelque chose qui domine toutes les circonstances particulières de Tessence, c'est qu'elle s*oppose à la yeWtc, au changement, à la variation. L'ouata c'est toujours ce qui à des degrés divers présente quelque stabilité, quelque permanence, quelque fixité, de façon à pouvoir au moins être saisi par le langage, être exprimé, et devenir objet de spéculation, — en opposition à ce qui devient, à ce qui s'écoule, à ce qui se meut, à ce qui n'est même pas saisissable par la pensée. Et l'être s'accroît en réalité dans la mesure oîi il est plus permis d'affirmer sa permanence, son immutabilité. Or, nous le demandons, dans quelles essences Platon aurait-il mieux reconnu ces caractères que dans les êtres mathématiques, qu'il a proclamés, de l'aveu d'Aristote, immobiles et éternels (atJta xai duivrtZix)?

Et puis revenons une dernière fois à ces pages de la République qui nous ont servi à marquer le véritable (lomaine de la science. A mesure que celle-ci s'achèvç

et qu'elle nous fait de mieux en mieux connaître Têtre véritable, sous quel aspect nous apparaît-il? Les dernières traces matérielles et sensibles tendent à s'effacer. Par la Jtovoia nous raisonnons encore sur des figures, sur des signes visibles, bien que déjà Tobjet de notre connaissance soit, au delà de ces choses matérielles, dans les notions purement intelligibles. Au dernier degré de la science, quand nous parvenons à la v'jr,aiz il ne reste plus rien qui rappelle les propriétés sensibles des corps. — Quelques pages plus loin, quand Platon entreprend de conduire le futur philosophe jusqu'à la contemplation de ridée suprême, il s'efforce, nous l'avons vu, de dégager des sciences mathématiques tout ce qui est pratique, tout ce qui nous fait descendre au concret, au matériel, et mieux le géomètre, l'arithméticien, l'astronome, savent s'élever dans le domaine de la pensée pure, plus ils sont près de saisir l'être véritable. Or, dans ce mouvement ascensionnel, qu'est-ce qui se substitue de plus en plus au matériel, au visible, sinon la relation intelligible indépendante de toute réalisation sensible, de tout revêtement concret.»^ L'ordre et la beauté qu'offrent aux yeux les mouvements des astres ne sont rien auprès de ceux que produisent (( la vraie vitesse, la vraie lenteur... suivant les vrais nombres et les vraies figures. » Que d'exemples Platon pourrait emprunter à la géométrie, pour montrer cette pénclration incessante de la pensée mathématique vers

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Têtre, depuis ce fameux théorème de Pythagore, où une relation simple entre trois nombres remplaça jadis la propriété du triangle rectangle, jusqu'à ces sections du cône, où le solide et son plan sécant et la forme variable de la figure obtenue, disparaissent et se fondent, à la grande joie de la raison, dans des relations d'une clarté et d'une précision absolues ! Mais tous les exemples isolés ne traduiraient pas encore ce que sent d'instinct le géomètre, ce qui se dégage pour lui incessamment de la nature profonde de sa science. Sa préoccupation persistante est d'écarter ce qui s'impose, ce qui vient à la pensée au nom d'une donnée extérieure ; son souci tout au moins est de le diminuer, de Tatténuer le plus possible, et de le remplacer par des notions claires, précises, intelligibles, se liant entre elles par des relations rigoureusement déterminées. Or c'est ainsi qu'aux yeux de Platon il approche véritablement de Têtre. Il a pu sembler que dans certains passages de la RépubUque ces spéculations pures du mathématicien n'étaient indiquées que comme participant vaguement de l'être réel, nous avons déjà relevé cette erreur. La vérité c'est qu'il ne peut y avoir dans la pensée de Platon, lorsqu'il songe aux mathématiques pures, qu'une gradation vers un intelligible de plus en plus pur, où la relation quantitative parvient de mieux en mieux à traduire toutes les apparences sensibles, sans que jamais soit atteinte l'intelligibilité absolue ; de sorte que Platon sent le

besoin de fixer un terme extrême à cette marche vers Têtre, vers la réalité dernière, et c'est assez pour nous que celle-ci puisse être conçue comme une sorte de limite suprême à Tépuration que le mathématicien fait subir aux données matérielles. Cela nous permet de déclarer au moins que les conditions de Têtre pour Platon sont de même nature que celles des essences pures du géomètre.

A la fin du Philèbe, dans cette fameuse classification des sciences à laquelle nous avons déjà fait allusion, le souci dominant de Platon est de ranger par ordre de pureté, de précision et d'exactitude l'objet de chacune d'elles. L'exactitude d'ailleurs se réalise par le nombre et la mesure, et quand Platon a laissé entendre cette vérité de toutes les façons, il aboutit, comme à la science la plus exacte et la plus précise, à la dialectique, dont l'objet est l'être dans sa plénitude : de sorte que d'une part les qualités des choses mathématiques sont présentées comme caractérisant ce qui est de plus en plus, et d'autre part on ne trouve rien de plus commode que de porter ces qualités au plus haut degré lorsque, parvenu à la science dernière, on veut faire entendre quel est l'être qu'elle étudie. Ce que fut pour Platon cet être suprême, il n'est pas possible de le dire complètement avec certitude : il nous suffit de constater qu'il y a là comme une limite dernière, comme un terme absolu, postulé par la pensée du philosophe, et

peut-être pourrions-nous, à nous borner aux caractères essentiels et clairement exprimables que nous en avons constatés, le faire tenir dans cette définition, semblable à celles que manie la spéculation pure des géomètres :

L'être dernier de Platon est tel qu'il satisfait aux conditions suivantes : L'intelligence humaine y est conduite par la contemplation des essences mathématiques, comme à un terme extrême, d'où descendra en retour sur ces essences elles-mêmes la raison, le fondement dernier de leur être ; — et en second lieu, il réalise l'idéale perfection des qualités de pureté, de précision, d'exactitude, d'intelligibilité dont les essences mathématiques donnent l'exemple .

Nous pouvons donc conclure : ni la façon dont nous les connaissons, ni les conditions requises par la nature spéciale de leur être, ne nous obligent a reconnaître une différence irréductible entre les idées de Platon et les essences pures du mathématicien.

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