I. Phys., A, a
La physique constitue, ne Foublions pas, un domaine à part, séparé du monde de la vraie science. Ni les vues qu'elle suggère, ni le langage par lequel elles s'expriment ne sont ceux qui conviennent aux essences idéales. C'est un ordre de connaissances absolument distinct de l'autre : pourquoi \oud^ait-on y retrouver les mêmes notions, les mêmes vérités .^^ Au point de vue de la science pure, quand il s'agira d'expliquer comment l'idée est un nombre, la dyade indéfinie jouera un rôle fondamental: ce sera le principe même de la multiplicité; elle représentera l'élément inférieur en dignité, celui qui correspond au non-être. Mais au point de vue des choses sensibles qui naissent et périssent sous nos yeux, et sont à l'état de génération continue, la matière à laquelle songe Platon est un élément quasi-intelligible, plus près en tous cas des essences éternelles que les apparences fuyantes qu'elle revêt sans cesse ; ce sera donc ici un principe d'unité, un lieu pour la multiplicité infinie des phénomènes sensibles ; on pourrait dire que c'est presque une idée, s'il était permis d'apporter les mêmes mots d'un domaine dans l'autre.
Faut-il reconnaître alors que cet élément fondamental, ce réceptacle universel, dont il est question dans le Timée, n'est autre chose que le lieu ou l'espace .î^ Oui sans doute, peut-être avec une légère différence dans la façon dont nous le dirons. «Quelques mots de Platon, ce dans quoi les choses se produisent, ce qui
reçoit le terme même de ;^wpa explicitement employé, ne sauraient nous obliger à fermer les yeux sur d'autres passages non moins clairs où cette matière qu'il s'agit de définir est présentée comme se transformant ellemême en toutes choses ; le feu en paraît être la partie enflammée, to TreTTvpwfxévov fxepoç, l'eau la partie mouillée, to ôe uypaôèv iJJo>p, et ainsi de suite. Il s'agit donc en somme d'un élément qui non seulement enveloppe tous les objets, mais qui est leur propre substance. Si cet élément est l'espace, il faut entendre alors l'espace substance, l'espace plein. Platon insiste sur la difficulté qu'il y a à définir ce substratum. C'est en somme pour lui ce qui reste des corps, quand on leur ôte toutes les qualités qui se perçoivent. Il est connu négativement par la propriété de n'avoir aucune qualité sensible ; son seul caractère positif est qu'il remplit l'espace au point de se confondre avec lui. Bref il faut, pour comprendre ici le Timée, songer à Descartes et à ce qui caractérise sa matière. Pour Platon comme pour lui, la seule qualité du réceptacle universel que l'on peut saisir clairement, que Ton peut nommer, et qui en fait une chose « tenant en quelque manière à l'intelUgible », /xera- Xafjtêàvov Trn zov voy^toO, (Descartes dira : la seule qualité dont j'aie une idée claire et distincte) c'est qu'il est l'étendue.
Est-il besoin d'ajouter que la physique platonicienne rejettera le vide avec la dernière énergie? C'est un de
ses principes fondamentaux, qui interviendra partout dans Texplication des phénomènes naturels, que tout est plein, qu'il n'y a pas de vide (to xevov fir.Sh dyxi) ; et qu'un déplacement quelconque de matière entraîne un autre déplacement de telle façon qu'aucune portion de l'espace ne reste inoccupée (xc/içy x^P*^ ovJajxiay ex yxt're^JÔat).
Et d'abord cette forme même des mouvements de la nature est à remarquer : c'est celle qui convient à la circulation dans le plein . S'il s'agit en premier lieu de l'agitation universelle du monde, pris dans son ensemble, Platon nous dira que l'univers comprenant dans son contour tous les genres de corps et étant orbiculaire, ce veut toujours se concentrer en lui-même; il les resserre tous et ne permet pas qu'il reste une place vide. . . Le mouvement de condensation pousse les choses les plus petites dans les intervalles des plus grandes. Les petites étant placées auprès des grandes, les moindres écartent les plus grandes les unes des autres, tandis que les plus grandes compriment les moindres, et toutes sont ainsi transportées en tous sens dans les lieux qui leur conviennent * . » On sent déjà dans la totalité des mouvements des corps cette solidarité que Descartes mettra si fortement en évidence par ses tourbillons.
Mais c'est en outre dans une foule de phénomènes