‹ Les philosophes-géomètres de la Grèce, Platon et ses prédécesseursChapitre 82 sur 104 · Timée, 56, tr. Martin · texte numérisé non relu

Timée, 56, tr. Martin

Soi I-ES PHILOSOPHES-GÉOMÈTRES DE LA GRECE

tence propre? Pour Descartes, comme pour Platon, on risque de soulever les plus graves difficultés si Ton oublie cpie les particules de matière, quelque distinctes cpi'on se les représente, ne sont que des états spéciaux du réceptacle universel, au sein ducpiel elles ne cessent de se mouvoir.

En tous cas, sans prétendre expliquer tous les détails de la physique de Platon, puisque aussi bien il ne la donne lui-même qu'au nom de la vraisemblance et ne dissimule pas la difficulté des problèmes qu'elle soulève, il est permis de dire qu'un caractère essentiel s'en dégage avec la plus grande évidence : Platon se refuse à rendre compte des apparences sensibles par des créations spéciales, par des forces ou par des substances propres, spécifiquement définies. D'une part, en dehors d'une tendance naturelle suivant laquelle les particules de matière se réunissent dans des heux propres, il cherche la raison de tous les phénomènes de l'univers dans l'impulsion qu'exercent les uns sur les autres les éléments de matière en contact ; et d'autre part il explique la diversité des genres de corps par le simple arrangement différent des mêmes éléments de matière, essayant de rendre compte de leurs transformations réciproques par des échanges où se retrouve toujours une quantité constante d'éléments.

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Par de pareils efforts Platon cherche assurément à constituer une physique qui se suffise à elle-même, ou mieux qui trouve dans une matière donnée d abord la substance de tous les corps, et dans certains principes posés une fois pour toutes la raison de tous les phénomènes de la nature. Est-ce à dire qu'il s'abstiendra de toute considération de finalité, et que, comme Démocrite, il voudra donner Texemple d'un déterminisme inflexible? La lecture du ïimée est à cet égard fort instructive. On n'y trouve pas une page où n'apparaisse la préoccupation de chercher l'arrangement le meilleur des choses, d'approcher sans cesse du bien et de l'ordre le plus parfait, comme si l'on n'approchait de la vérité que dans la mesure où l'on réalise mieux les conditions de la plus grande perfection. La nécessité toute seule serait impuissante, aux yeux de Platon, à rendre compte du monde tel qu'il est : il faut, pour l'expliquer suivant la vraisemblance, y associer l'intelligence divine quia eu souci de ce qui est élégant, de ce qui est simple, de ce qui est beau, a Lorsque Dieu, dit Platon, entreprit d'organiser l'univers, le feu, l'eau, la terre et Fair offraient bien déjà quelques traces de leur forme propre, mais étaient pourtant dans l'état où doit être un objet duquel Dieu est absent. Les trouvant donc dans cet état naturel, la première chose qu'il fit, ce fut de les distin-

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guer par les formes et les nombres. Ainsi Dieu ordonna de la manière aussi excellente et aussi parfaite que possible ces choses qui étaient dans un état bien différent : considérons toujours cette doctrine comme la base de toute discussion ^ » Un peu plus loin, à propos de la forme -des quatre genres de corpuscules et du choix des triangles fondamentaux, on lit encore : « Il faut nous efforcer de constituer harmoniquement ces quatre genres de corps excellents en beauté et de vous faire voir que nous en avons suffisamment compris la nature. Des deux triangles dont nous parlions, Tisocèle n'a qu'une seule nature; le triangle allongé en peut recevoir une infinité. Il faut donc, parmi ces derniers triangles qui varient à F infini, choisir le plus beau, si nous voulons procéder avec ordre. Si quelqu'un en a trouvé un autre plus beau, plus propre à la formation de ces corps, que celui que nous avons choisi, son avis, reçu comme celui d'un ami et non d'un ennemi, aura la préférence. Mais nous jugeons que parmi cette multitude de triangles il y en a une espèce plus belle que toutes les autres, et pour laquelle nous les laissons toutes de côté, savoir celle dont deux forment un troisième triangle qui est équilatéral. Pourquoi, c'est ce qu'il serait trop long de dire ; mais si quelqu'un découvre et démontre que cette espèce n'a pas la supériorité, il peut compter sur

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